Équateur – Étape 5: Baños

Dimanche 25 octobre, Riobamba. Je me lève avec un an de plus au compteur. Aujourd’hui, je fête mes 36 ans. Un coup d’œil dans le miroir. Visiblement pas d’avantage de cheveux blancs que la veille. Je suis même plutôt fringuant en cette matinée ensoleillée, prêt pour cette journée qui doit me mener à Baños. C’est sans grand regret que je quitte mon taudis. Les éléments semblent vouloir s’assurer de mon départ: la douche crache une eau bouillante (la manette d’eau froide est probablement factice), et il n’y a pas d’électricité, donc pas d’internet. Aucun problème, je serai en avance à la gare routière. Un peu trop en avance: en arrivant au guichet je découvre que les horaires que l’on m’avais donné la veille étaient eux aussi factices. Il est 9h, le bus part à 13h. Aucun problème, ça me laisse le temps de m’offrir un petit déjeuner de champion, j’ai déjà repéré le café sur le chemin. Je m’y mets à l’aise, et entre deux bouchées de pancakes, je découvre avec plaisir et émotion tous les messages que vous m’avez envoyé pour me souhaiter un bel anniversaire. Le temps d’y répondre, il est déjà l’heure d’aller prendre mon bus.

Executive breakfast

Je passe le plus clair du parcours à regarder le paysage changer: de la haute sierra nous descendons à 1800m d’altitude, aux portes de la forêt amazonienne. En seulement 40km ! Je découvre Baños, une jolie petite ville, posée au pied de collines verdoyantes. Il fait doux et l’air est moins sec que dans les vallées andines. L’auberge est merveilleuse ! Elle dispose d’un toit terrasse avec vue sur une petite cascade et les collines alentours, et d’une jolie piscine. L’eau est un peu froide, mais je passe un bon moment dans le bassin, en improvisant des phrases incompréhensibles à un père de famille équatorien venu passer le week-end en famille au vert. Ils repartent me laissant à nouveau seul client de l’établissement.

Vue du roof top de l’Hostal Chimenea

Je n’aurai sans doute pas grand monde avec qui trinquer à mes 36 bougies ce soir. Aucun problème, je me fais conseiller un restaurant « français » par les tenanciers de l’auberge, et je m’installe peu après avec curiosité au « café Mariane ». Où le très accueillant personnel parle un poil plus français que le pizzayolo de la veille italien. Je m’amuse beaucoup en découvrant le menu, dont tous les plats ont effectivement des consonances françaises : « steak au poivre », « crêpe Suzette » ou « avocat crevette ». Je me régale finalement de spaghettis aux crevettes. C’est un peu étrange de fêter son anniversaire seul, et vous me manquez en cet instant. Mais il y a aussi un côté magique à célébrer ses 36 ans au café Mariane, à Baños, en Équateur. Et puis le « Bong aniberser » du serveur est assez mythique. J’achève ma journée par une petite promenade digestive dans les rues de la ville, calmes en ce dimanche soir, où seules quelques familles dégustant des glaces résistent à l’appel du sommeil. Je m’en souviendrais, de mes 36 ans !

Mon gâteau d’anniv’

Lundi matin, Baños. Au programme de la journée, la descente de la « ruta de las cascadas » (route des cascades, en français) en VTT ! 61km qui doivent me mener à Puyo, aux abords de la jungle, en passant devant une ribambelle de cascades. La première cascade d’envergure, « el manto de la novia » (le manteau de la mariée) a de l’allure. Malheureusement la tyrolienne qui permet de s’en rapprocher en se jetant dans le vide est fermée.

La ruta de las cascadas
El Manto de la Novia

Ce sera pour une autre fois, je continue mon parcours vers le « Pailón del Diablo » (le chaudron du diable) qui porte sacrément bien son nom…Pour descendre vers les chutes, je laisse mon VTT et m’engage sur un petit chemin dans la forêt. L’ambiance est tropicale: la végétation est dense et luxuriante, l’air est moite, et l’on sent que la vie grouille dans ces arbres touffus. Je tombe d’ailleurs nez à nez avec un charmant serpent qui somnolait sur le sentier. Le temps de prendre une photo et le reptile détale. Beaucoup plus facile que de se débarrasser d’un taureau (pour ceux qui ne voient pas le rapport, cf épisode 3).

Cahin- kâa

Je croise aussi en chemin de superbes papillons rouges et noirs.

Puis j’arrive au chaudron. Les chutes sont impressionnantes et le bruit est assourdissant ! Je veux me rapprocher le plus possible, et trouve un sentier creusé le long d’une abrupte paroi rocheuse. Mais il me faut ramper pour arriver au niveau de la cascade. Évidemment, malgré mes 36 printemps, je veux absolument passer derrière, comme dans Tintin et le temple du soleil. Pas question cependant de traverser la cascade, le sentier finit par un passage aménagé. Et me voilà donc trempé de la tête aux pieds. Et content. Je m’en vais retrouver mon vtt le sourire aux lèvre, en guettant les serpents qui pourraient surgir à nouveau.

Le Chaudron du Diable, de loin
De plus près
D’encore plus près…
De trop près.
De dos.
De très loin.

Je me remets en selle, et la deuxième moitié du parcours est moins agréable. 35km de vélo sous une pluie incessante, parfois drue, parfois légère, mais incessante. Heureusement la route est peu fréquentée ce qui me permet de ne pas prendre de risques dans les virages sur la chaussée détrempée. La pluie ne m’empêche néanmoins pas de remarquer le changement de paysage alors que je descends vers la plaine. Les collines s’estompent, le champ s’élargit, et la végétation devient plus tropicale. Vous verrez peu de photos, la pluie n’autorisant pas véritablement les pauses…

Entre deux gouttes, la plaine qui s’évase
La jungle

La pluie s’arrête au moment exacte où j’entre dans Puyo, ma destination finale. Je fais un rapide tour de la ville, et, la déclarant sans intérêt, file à la gare routière et grimpe dans un bus (VTT en soute) qui me ramène à Baños. Le trajet me donne l’occasion de voir le paysage au soleil cette fois. Je suis fourbu mais heureux, je me suis bien amusé ! Fin d’après-midi détente sur le roof top de l’hôtel, puis dîner dans une bar à bière monté par des allemands, qui sert des wiener schnitzels et des curry wursts…Je me sens décidément bien dans cette petite ville !

Mardi matin, je me lève en pleine forme pour une journée aventure. Aujourd’hui, c’est rafting ! Je vais refaire le même chemin qu’hier, mais sur une embarcation de fortune au milieu des rapides du Rio Pastaza. Je rencontre mes équipiers à l’agence : Ben, Jess, Jack, et Lucas, une fort sympathique famille américaine. Dès les premières minutes de conversations, je me dis que le monde est drôlement petit : mes compagnons habitent tout près de Boulder (où habitent Sylvie, Arnaud, Lisa et Alexander !), et Ben est originaire de l’Idaho (où j’ai passé deux étés en immersion au début des années 2000). J’aime ces improbables coïncidences. Notre guide, Dario, professionnel mais facétieux, nous briefe sur les consignes de navigation. Il suffit d’obéir à ses ordres et de ne pas rogner sur nos efforts, facile. Avec Ben, nous prenons place à l’avant du Bateau, Jess et Jack derrière nous, le benjamin Lucas au troisième rang, et Dario à la manœuvre au fond du navire. Sereins, nous nous lançons à la conquête de la rivière. Le courant est fort. Premier rapide et première chute pour votre serviteur, qui a manqué d’humilité à l’encontre d’el Rio. Mais les réflexes sont bons, je m’accroche à la corde qui entoure le pneumatique (après avoir bu la tasse bien comme il faut), Ben m’attrape par le gilet et me hisse à bord. Je félicite tout l’équipage pour leur comportement : c’était évidement un test. Dario, hilare, n’en crois pas un mot et se moque gentiment de moi en imitant mes soit-disantes grimaces au moment de me faire emporter par la vague. La suite de l’aventure est une succession d’efforts, de rires, et de sensations fortes. J’ai passé un moment incroyable, à m’amuser comme un enfant, en bonne compagnie, au milieu des remous, tourbillons, et déferlantes de la rivière ! Magique. Fidèles à leur réputations, mes américains sont d’un enthousiasme communicatif, et nous rions encore au moment de remonter le bateau sur la rive. Après un déjeuner modeste mais avec vue sur les cascades, nous reprenons la route pour Baños. Et nous nous séparons à l’agence, en nous congratulant sur notre remarquable performance collective sur les flots.

Les blonds en pneumatique
A l’affût des flots
Les rapides du Rio Pastaza
Playmobils
Sereins (alors que nous avons perdu la moitié de l’équipage)

Le temps est un peu maussade en ce milieu d’après midi. J’en profite pour écrire un peu et réfléchir à la suite de mon parcours. Je décide de descendre un peu plus profond dans la jungle avec l’espoir de trouver une excursion de quelques jours au cœur de l’Amazonie. Je partirai donc demain vers Tena (rien à voir avec les couches pour adultes) ! Content de cette décision, je dégote une petit restaurant Argentin pour finir mon séjour à Baños en beauté. J’y sympathise avec une famille nombreuse mexicano – colombienne venue fêter les 15 ans de leur aîné. Carlos, le papa, est un mix parfait entre Michael Madsen dans Kill Bill et Israël Kamakawiwo’ole (l’interprète de « over the rainbow). J’ai même droit à une part de gâteau ! Belle soirée pour clôturer un superbe séjour à Baños.

Grosses bises !

Julien

5 commentaires sur « Équateur – Étape 5: Baños »

  1. Ton épopée sous la pluie m’a fait pensée à Forrest Gump : « Un jour il s’est mis à pleuvoir et ça n’a plus arrêté pendant 4 mois. On a connu toutes les sortes de pluies : la pluie très fine cinglante et la grosse pluie d’averse, la pluie battante de côté et certaines fois même, une pluie qui semblait venir d’en dessous. Pire ! Il pleuvait même la nuit. »
    Biz Michou !

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