Équateur – Étape 12: San Cristobal, Galápagos

Mercredi matin, embarcadère de Puerto Villamil. Il est 5h30 et cette fois-ci le bateau est à l’heure. Néanmoins un militaire nous met en retard en faisant tomber une carte d’identité à la mer. Le pilote du taxi-boat qui doit nous mener jusqu’à notre bateau, en pêcheur averti, se porte volontaire pour récupérer la carte. Mais il s’y prend comme un manche, utilisant d’ailleurs un balai pour arriver à ses fins. Deux passagers finissent par le hisser par dessus bord, chacun portant une jambe, et le trempe dans l’eau comme on trempe une tartine dans son café jusqu’à ce qu’il ressorte avec l’objet de cette pêche saugrenue. De petits pingouins passent pendant ce temps à toute vitesse sous l’embarcation. Nous voilà finalement confortablement installés dans le bateau vers Santa Cruz. Il est très tôt et la mer est plutôt calme, je dors ainsi une grande partie du trajet, qui lui aussi passe à toute vitesse.

Nous arrivons à Santa Cruz vers 8h, à point pour le petit déjeuner, que nous prenons dans un café du port. L’agenda de la matinée est chargé : alors que Julie et Aurélien, qui reprennent dès 15h un bateau pour San Cristobal, improvisent un aller-retour à Tortuga Bay, je m’attèle à mes corvées (toutes relatives) du jour. La première étape consiste à trouver un hôtel ici pour la nuit, puis d’acheter un ticket pour San Cristobal pour le lendemain (deux traversées de plus de deux heures chacune, ça fait beaucoup). Mais surtout, je dois trouver une solution pour changer la date de mon billet d’avion de retour et passer au club de plongée…J’ai décidé de passer mon PADI dans l’archipel, et vais donc rester une semaine de plus dans ce paradis ! Les choses se précipitent lorsque la dame, austère, qui vend les tickets de bateau m’annonce que celui de demain est complet et qu’il me faudra attendre vendredi soir. Il reste cependant des places pour celui d’aujourd’hui 15h. Jouable. Je me mets donc à courir dans tous les sens et règle les affaires courantes en un tournemain. J’ai même le temps de déjeuner et de parcourir l’Equipe avant le retour de mes acolytes.

Toujours une grande activité au marché aux poissons de Puerto Ayora…

Et nous embarquons vers Puerto Baquerizo. La traversée est une épreuve…Positionné en première ligne à l’avant du bateau, mon estomac prend de plein fouet les violents soubresauts du navire, qui affronte une houle sérieuse. Le spectacle des passagers grimaçant au gré des secousses est amusant, celui des pauvres diables rendant leur déjeuner beaucoup moins…Nous arrivons tout de même à destination, et nous nous quittons, un peu nauséeux, chacun partant en quête de son hôtel. Je trouve l’hôtel Gosen sans difficulté, à deux pas du Malecòn (la promenade sur la mer). L’endroit est déjà aux couleurs de Noël, et la décoration est faite avec cœur, à défaut d’avec goût. Ma chambre est confortable et la cuisine très propre et bien équipée. Angel, le tenancier, me fait un topo sur les attractions de la ville et de l’île, informations précieuses pour planifier les prochains jours. Je sors faire des courses, trouvant avec plaisir des étals bien mieux achalandés qu’à Isabela, puis rentre me confectionner un dîner léger. Et m’écrouler comme il se doit après une journée remuante. Hâte de découvrir l’île demain !

Coucher de soleil sur Puerto Baquerizo

Jeudi matin, Hôtel Gosen. La nuit aurait été parfaite sans cet importun voisin. De l’autre côté de la rue, un coq, sans doute aveugle, dans le doute et afin d’avoir raison au moins une fois, a annoncé le levant une douzaine de fois, à partir de 3h du matin. Un peu fatigué donc, mais enthousiaste, je me dirige vers le Cerro de las Tijeretas (la colline des frégates), un concentré de curiosité au nord de la ville. Je visite d’abord un petit musée, très bien fait, sur l’histoire des Galápagos, de la découverte de l’archipel au XVIeme siècle aux tentatives de colonisation désastreuses, en passant par le voyage de Darwin. Puis direction la colline, qui, malgré le temps couvert, offre une belle vue sur cette partie de l’île. De là, un étroit sentier conduit à la playa Baquerizo. La plage se mérite, une partie du chemin se faisant en sautillant d’un rocher à un autre. L’endroit est joli, une famille de lions de mer est affalée sur le sable et les fameuses frégates sont bien au rendez-vous. Ces grands oiseaux noirs sont étonnants. Ils ressemblent à des hirondelles géantes. Les mâles ont des poches rouge vif sur la poitrine, qu’ils gonflent pour séduire les femelles. Ils ont l’air d’avoir de gros testicules sous le menton, je pense ainsi qu’ils ont inspiré l’un des personnages secondaires de Star Wars.

La playa Baquerizo
Manger en dormant est une autre prouesse de l’otarie des Galápagos
Mal rasé ce lion
Frégate femelle

Je rebrousse chemin et descends la colline vers la Bahia Tijeretas, une petite baie entourée de gros rochers, à l’eau claire, propice au snorkelling. En descendant les marches qui mènent au ponton, je détecte à l’odeur la présence d’un grand nombre de lions de mer. L’expression “ça pue le phoque” n’est pas galvaudée…Sous le ponton, dans l’eau transparente, je repère une forme d’un orange fluorescent qui slalome entre les rochers. Je me jette à l’eau et découvre un très étrange poisson, sorte de carpe koi du Japon à la face plate. Quelques lions de mer se joignent à mon exploration, qui connaîtra une fin prématurée, la faute à un matériel défectueux. Mais le soleil se montre et je reste un moment à profiter du lieu, dont la quiétude n’est troublée que par un sympathique touriste équatorien, Ernesto. Nous discutons un moment, échangeons nos impressions sur les Galápagos. Puis une famille nombreuse arrive, moment que je choisis pour m’éclipser et continuer mon exploration.

La Bahia Tijeretas
L’antre des lions sent le phoque

Le sentier conduit ensuite à la playa Carolina, petite plage elle aussi prise d’assault par les lions de mer. A l’ombre d’un palétuvier, je trouve Julie et Aurélien, qui ont fait la route dans l’autre sens. Ils se dirigent vers la Bahia Tijeretas, quand je rejoins la fin de la boucle, et la ville. Chacun a prospecté de son côté sur les excursions disponibles dans les parages, et nous nous donnons rendez vous sur le Malecòn un peu plus tard pour échanger nos conclusions. Nous optons pour un tour 360 de l’île, une journée en bateau à la découverte des oiseaux et des fonds marins, avec en point d’orgue le Kicker Rock, un impressionnant rocher au large de San Cristobal dont les parois tombent à pic dans l’océan. Ce sera notre programme de Samedi ! Pour l’heure, chacun regagne ses pénates pour une soirée tranquille.

Vendredi matin, San Cristobal. Mon coq a récidivé, mais en réduisant la fréquence et l’intensité de ses annonces. Je suis donc en forme, ce qui tombe à pic, la journée sera sportive. Je loue un vélo près du port, et me lance à la conquête des hautes terres. 17km et 600m de dénivelé plus loin, j’arrive au lac El Junco, petite étendue circulaire d’eau douce. Le lac est dans le brouillard, mais il se dissipe rapidement, ce qui me permet d’assister à un fascinant spectacle : une demi douzaine de frégates plongent à tour de rôle vers le lac, puis redressent leur course afin de mouiller délicatement leurs ailes. Le processus est destiné à un desalage en règle après de longues heures en mer.

Couleurs irlandaises du lac El Junco
À la douche !
Frégate froissée
Couillo-mentonite
La côte sud de San Cristobal

Je reprends la route, en descente cette fois, vers la Galapaguera, un centre de préservation des tortues géantes. L’occasion d’observer des bébés tortues. Difficile d’imaginer que ces minuscules bestioles deviendront d’énormes reptiles dans quelques dizaines d’années…Je profite ensuite d’une grosse pierre plate le long du chemin pour faire une pause, en conversant silencieusement avec un beau spécimen, le cou à moitié rentré dans sa carapace. Comme s’il me faisait confiance, mais à demi seulement.

Dédicace à Maradona (RIP M10)
Le fameux “assis-debout”, version tortue
E.T.

J’enfourche à nouveau mon VTT pour la dernière étape de la journée, et me laisse descendre vers la playa Puerto Chino, un véritable bijou. Petite plage de sable blanc, et eau turquoise évidement, dominée au sud par un joli promontoire rocheux. Il fait désormais un temps superbe, et la lumière du soleil sublime l’endroit. Les lions de mer sont maîtres de la plage, et ont d’ailleurs la main mise sur toutes les zones d’ombre du coin.

La playa Puerto Chino
Sur le dos…
…ou sur le ventre…
C’est quand même de grosses feignasses (ceci était un message du CCO, le comité contre les otaries)

Sur le promontoire, une famille de fous à pieds bleus s’applique à repeindre la façade, en blanc. En contrebas, dans l’eau limpide, on voit les lions de mer s’en donner à cœur joie dans les vagues. Après une séance photo au plus près de ces belles bêtes, je les rejoins dans les rouleaux. Un petit groupe m’entoure et me montre comment surfer convenablement. Magique.

Affamés, les deux frères guettent leur mère qui doit rapporter le déjeuner
Hé les morfalles, par ici !
Moi ! Moi ! Moi ! Moi !
Faites des gosses, qui disaient…

Arrivent alors Julie et Aurélien, qui ont suivi le même itinéraire, mais en taxi. Nous sommes quasiment seuls sur cette plage paradisiaque. Nous déjeunons en conversant, devant le spectacle des otaries. Très beau moment dans cet exceptionnel endroit. Un dernier bain de mer et nous repartons, mon VTT à l’arrière du pickup.

Surf
Les pin-ups de Puerto Chino
Un gros mâle alpha
Il veille sur sa femelle
Et n’hésite pas à forcer l’intimidation
Jean-Michel Doisneau, au plus près du danger

En ville, nous prenons un verre à la santé de cette belle journée, en attendant celle du lendemain. Je dîne ensuite dans un restaurant du village, l’hôtel étant réquisitionné par une fête de famille. Fête d’ampleur à ce que je vois en rentrant me coucher. Les convives sont joyeuses, et bruyantes, mais, fourbu par les kilomètres de vélo, je m’endors en pensant aux lions de Puerto Chino.

Samedi matin, embarcadère de Puerto Baquerizo. Il est 7h. Nous embarquons pour une longue journée de bateau qui nous verra faire le tour de l’île, par le sud. Nous sommes dix passagers, six californiens, un équatorien bizarre qui semble nous suivre à distance depuis Isabela, et nous trois donc. Alejandro, notre guide, est volubile, facétieux, et sympathique. Il aboie avec bonne humeur le programme de la journée, dans un anglais approximatif. Notre première escale s’effectue sur la Bahia Rosa Blanca. Nous traversons la plage, cheminons au milieu de la lave séchée et parvenons à un grand bassin ouvert sur la mer, notre zone de snorkelling. L’eau est légèrement trouble, ce qui ne m’empêche pas de voir les requins pointes blanches. Ils sont des dizaines à virevolter autour de moi, beaucoup plus éveillés que lors de nos dernières rencontres…Mais leur grâce furtive fait oublier leur air inquiétant. Un peu plus avant, dans le brouillard aquatique, on devine quelques raies marbrées, de nombreuses tortues, et deux gros poissons globes. Rassasiés, nous sortons de l’eau et regagnons le bateau pour continuer notre tour.

Bahia Rosa Bianca
Alejandro (les issues de secours se trouvent sur les côtés)
Notre piscine de snorkelling
Un pélican roux😳
Oki-doki rock

Direction Punta Pitt, la pointe orientale de l’île, pour y observer les oiseaux. Nichés sur deux gros rochers faisant face à la pointe, nous avons la chance d’observer les trois espèces de fous présents aux Galápagos : fous à pattes bleues, fous de nasca, et fous à pattes rouges. On ne trouve ces derniers qu’exclusivement à San Cristobal. Ils sont plus sauvages et donc plus difficiles à approcher. Mais je parviens tout de même à en capturer une poignée en photo, haut perchés sur l’un des rochers. Un jeune spécimen audacieux se risque même à survoler notre navire.

Un élégant fou de Nasca
Fous aux pattes rouges

Le bateau contourne la pointe et s’engage à l’Ouest, longeant la côte nord de l’île. Notre ultime escale avant kicker rock s’effectue à la Bahia Sardina, une magnifique “double” petite baie séparée en son milieu par une bande de rochers noirs. Derrière la modeste dune, une lagune est entourée d’une végétation jaune vert, plutôt dense pour la région. Les couleurs sont splendides ! Surtout avec les rayons du soleil qui égayent une météo jusque là plutôt maussade. Dans l’eau, quelques lions de mer nagent tranquillement, et l’onde est si claire que, du rivage, l’on voit distinctement les raies épineuses.

La baie de la sardine
La lagune de la sardine
L’entre-deux-baie, avec Kicker Rock en fond
Raie pastenague
Babyphoque
Copains des mers
Lost in translation
Master & Commander

Nous déjeunons à bord avant de faire cap vers le “climax” de la journée. Après un léger détour par le Cerro Brujo, arche naturel à travers laquelle on peut admirer le Kicker Roc, nous arrivons devant un majestueux cailloux, haut d’une trentaine de mètres, et dont les falaises abruptes tombent à pic dans l’océan. Le roc est scindé en deux à son tiers, formant un corridor large d’une dizaine de mètre. C’est là, dans une mer agitée, que nous nous jetons à l’eau. Les vagues remuent le bateau, le temps est menaçant, nous sommes loins de la côte, ces eaux sont profondes et habitées par de nombreux requins. La tension à bord est palpable, malgré les tentatives de désamorçage du sémillant Alejandro. Certains passagers renoncent. Mais pas nous, les frenchies, qui sommes les premiers à se jeter à l’eau. Nous nous engageons dans le corridor et la première chose que nous voyons est un requin marteaux, musculeux et trapu. En raison de la profondeur, la vue n’est pas aussi dégagée que sur les sites de snorkelling de la côte. Ainsi, je ne distingue que furtivement la tête écrasée de l’animal. Julie, elle, l’a bien vu. Et cette vision combinée aux conditions sus-décrites lui crée une certaine appréhension. Qu’Aurélien, et l’excitation d’une exploration en haute mer s’empressent de dissoudre. Alors que nous progressons dans le corridor, nos yeux s’habituent à cet univers bleu foncé, et nous voyons passer ça et là des requins des Galápagos. Pointes noires, plus robustes et moins souples que leurs cousins des fonds côtiers sablonneux, mâchoires plus larges aussi, ils sont nettement plus impressionnants. Mais ils trouvent dans ces parages une nourriture abondante et les humains ne sont pas à leur menu.

Etretat
Le Kicker Rock

Sortis du couloir, nous obliquons à gauche et longeant l’îlot, dans une eau plus calme protégée de la houle par l’imposant bloc de pierre. De nombreuses tortues éparses nagent à des profondeurs variables, au milieu de bancs de gros poissons gris. Mon attention est toute entière dédiée à la recherche d’un autre requin marteau. Mais je suis vite distrait par l’immense attraction qu’exercent sur moi les parois du roc. Elles plongent à un angle vertigineux vers les profondeurs. Voulant en voir d’avantage, je plonge à grands coups de palme vers l’obscurité, mais un fort courant “upstream” me remonte à la surface. Je me contente donc d’admirer les étoiles de mer collées à la falaise telles des spidermen marins (pas de trace de spidercochon, mais je continue à chercher, Nathanael et Joachim). Alors que je m’éloigne du groupe, fasciné par ce monde du silence, Alejandro fait signe qu’il est temps de remonter à bord. Voilà près d’une heure que nous sommes à l’eau, l’océan une nouvelle fois a eu raison de mes sens.

Un arc-en-ciel magique pour clôturer cette magique journée

Le capitaine nous ramène à bon port après cette merveilleuse journée. Quelques emplettes, dîner rapide, et je m’effondre de sommeil avant 21h, sous le cadre surplombant mon lit où s’affiche en grand le Kicker rock.

Dimanche matin, hôtel Gosen. Le coq a anticipé ses annonces. 2h12 pour la première salve. J’ai plusieurs fois hésité à quitter mon lit pour aller égorger la bruyante volaille, d’autant que les poules sont une espèce invasive aux Galápagos. Mais j’ai su raison garder, jusqu’à l’aurore, la vraie. J’ai eu le plaisir de voir toute la famille lors du Google meet hebdomadaire, et de constater que tout le monde était en forme. Les annonces récentes sur les relatives libertés dont ils bénéficieront pour se réunir à Noël y est sans doute pour quelque chose. Après cette belle entame, je m’offre un petit déjeuner sur le Malecòn, pour lancer une journée paisible, au programme “light”. Je m’attarde sur la terrasse, sous une fine bruine, à lire et écrire jusque la fin de matinée.

Puis je me mets en marche vers La Loberia, une plage à 3km au sud de la ville prisée par les lions de mer pour y élever leurs petits. Effectivement, les otaries y sont nombreuses et de minuscules spécimens s’ébattent dans le ressac, sous les yeux de leurs parents.

Je continue ma route sur un étroit sentier longeant la côte, au milieu de grosses roches volcaniques. C’est le paradis des iguanes, qu’il faut prendre bien soin de ne pas écraser tant ils se confondent avec la pierre !

Combien d’iguanes sur la photo ?

Le sentier débouche sur de jolies falaises noires blanchies au guano par les nombreux oiseaux qui les occupent. En contrebas, au milieu des vagues, une famille de tortues apparaît et disparaît successivement sous l’écume. Je reste un long moment, assis sur une pierre, à admirer les mouettes, fous, et frégates prendre les courants ascendants.

Champs de menhirs volcaniques

De retour à la Loberia, je plonge dans l’eau claire, vite rejoins par un jeune lion joueur. Je sèche, à demi éveillé, sous un capricieux soleil qui a néanmoins l’air décidé à rester. Nous sommes dimanche, la plage se remplit donc de familles locales venues profiter de ce bel après-midi. J’alterne lecture, baignades et siestes pour une véritable journée de détente.

Autochtones et locaux
Yoga master

Je rejoins la ville en fin d’après-midi, et me pose, comme tous les jours, à la terrasse du Zayapa pour avancer mon blog. Julie et Aurelien me surprennent vers 19h, et nous racontons nos journées respectives, toutes deux placées sous le signe du relâchement. Fatigués néanmoins (satané coq…) nous nous donnons rendez-vous le lendemain à la même heure pour fêter notre dernière soirée à San Cristobal. Je dîne en ville et m’endors sur mon livre, à 20h30…

Zapaya sunset

Lundi matin, Puerto Baquerizo. Il pleut légèrement. C’est le temps idéal pour écrire, et la jetée qui mène à l’embarcadère est le lieu parfait pour le faire. Je m’installe sur un banc, en prenant bien soin de ne pas réveiller le gros lion de mer qui ronfle sur celui d’à côté. Vautré comme un ivrogne ayant eu une soirée difficile, il n’a pas bougé d’un cil lorsque je quitte mon bureau du jour en fin de matinée. Je passe à l’hôtel prendre masque et tuba, et je me rends à la Bahia Tijeretas pour une session snorkelling. L’endroit est désert, j’ai la baie pour moi seul. Je plonge pour une heure de nage, ou plutôt de danse, tant le ressac qui berce les flots invite à prendre le rythme. Je danse d’abord avec une grosse tortue, que les vagues arrachent de son rocher nourissier. Puis avec un lion de mer qui répète ses gammes d’évitement. Et enfin avec les innombrables poissons téméraires qui vaquent à leurs occupations malgré les va-et-viens du ressac. Lorsque le froid me décide à mettre fin à mon ballet aquatique, ma sortie de l’eau est perturbée par un gros mâle alpha (lion de mer j’entends) affalé de tout son long sur les marches du ponton. Il s’est même confectionné un oreiller avec les vêtements du sympathique couple qui a rejoint la baie. Je le contourne finalement par un chemin de traverse à travers la rocaille, et m’installe un peu plus haut, avec un livre. C’est Gene, l’australien croisé sur un autre spot de snorkelling, la concha Perla à Isabela, qui me sort de ma lecture. Les Galápagos sont un petit monde, et les vraies amateurs de sensations sous-marines ne sont pas légions par les temps qui courent. Ainsi je ne m’étonne guère de la coïncidence. Nous discutons un moment, puis, alors que Gene est à l’eau, les quelques familles arrivées sur les lieux et moi-même assistons à une drôle de scène : un autre mâle alpha, encore plus imposant, surgit bruyamment sur le ponton, réclamant sa place au soleil. L’actuel occupant proteste, pour la forme, mais refuse le combat alors que le challenger s’avance dangereusement. Le premier se retourne et fonce droit vers nous, ce qui crée une drôle de cohue, tous les bipèdes se ruant vers le haut de l’escalier. Bilan : les humains ont été repoussés aux étages supérieurs, le mâle honteusement déchu doit se contenter d’une marche haute et inconfortable, tandis que le nouveau patron prend place sur son trône, à quelques encablures de la mer. Gene, à sa sorti de l’eau, découvre avec circonspection la nouvelle configuration géopolitique du lieu, et doit contourner les deux masses chargées de testostérones pour rejoindre ses congénères.

La Bahia Tijeretas, et ses squatteurs
Gene

Je le salue et me rends à la playa Carolina pour assister au coucher du soleil. La petite plage est un énième territoire des otaries. Et malgré le cadre romantique, j’assiste à une autre scène triste mais cocasse. Un mâle un peu pataud tente de séduire une femelle, tout du moins de trouver une âme avec qui partager sa langueur. Son approche manque sans doute de subtilité : il bombe le torse, grogne fortement, se jette lourdement aux pieds de sa cible, et lui renifle l’anus. La femelle s’en offusque, vilipende ardemment le grossier personnage, et s’en va s’étaler sur le sable quelques mètres plus loin. Le dragueur maladroit, amorphe quelques minutes, le temps de digérer son échec, ne manque néanmoins pas de courage, ni de résilience. Mais sans doute d’intelligence, puisqu’il retente le coup usant de l’exacte même technique. Avec une réponse analogue de la femelle. Cette scène se produit trois fois, jusque la convoitée femelle ait parcouru une distance suffisamment dissuasive au regard de la fatigue évidente du mâle. Ce caustique spectacle a laissé le temps au soleil de préparer le sien. Le coucher est somptueux, et les lions de mer lui confère une magie certaine.

Le mâle éconduit

Je retrouve Julie et Aurélien, pour quelques cocktails et un dîner en ville, ponctué de nombreux rires. Nous sommes tout de même raisonnables et rentrons tôt, car le bateau qui me mène à Santa Cruz part aux aurores demain matin. Et la semaine va être palpitante, avec 5 plongées au programme !

Je vous embrasse,

Julien

4 commentaires sur « Équateur – Étape 12: San Cristobal, Galápagos »

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