Costa Rica – Étape 8: Tortuguero

Dimanche matin, Puerto Viejo. Il est 5h. Je regarde le jour se lever sur la baie de sable noir, en attendant le bus de 5h30 pour Limon.

Il est 5h, Puerto s’éveille
La plage des corons

En avance, je suis prévoyant, mais pas clairvoyant : le bus arrive, je charge mon sac dans la soute, monte à bord, avant de redescendre, de reprendre mon sac, et de voir mon bus pour Limon partir, une rue plus haut. Je rejoins donc le bon arrêt de bus, et attends le suivant, celui de 6h30. Il est à l’heure, et moi au bon endroit, je grimpe, et entame ainsi un long voyage. J’arrive à La Pavona vers 15h, quatre bus plus tard. Le reste du voyage s’effectue par voie fluviale, sur une de ces méandreuses rivières dont le Costa Rica a le secret. Le soleil brille dans un ciel bleu immaculé. Mon voisin, Roberto, guide naturaliste, me pointe les hérons, iguanes, et crocodiles qui jonchent notre parcours. L’ambiance à bord est festive : une joyeuse bande de jeunes costariciens éméchés diffuse une musique médiocre mais entraînante, et notre pilote invective à grands bruits les embarcations que nous croisons. Je fais la connaissance d’un trio de jeunes Genevois qui comme moi poseront leurs bagages à l’hostel Aracari Garden.

Le Rio Tortuguero
À droite, la mégalopole de Tortuguero
9.2. Easy

Nous découvrons Tortuguero, une interminable bande de terre étroite, bordée à l’Ouest par le Rio Tortuguero, à l’Est par l’océan Atlantique. Le village se résume à quelques maisons donnant sur le fleuve, et les environs sont dominés par une magnifique forêt côtière. Au sud de la fine presqu’île, l’entrée du Parc National.

On le voit bien sur le schéma

Nous accostons et parcourons avec les petits Suisses les 300 mètres qui nous séparent de notre auberge. Le hameau s’articule autour d’une « rue » principale parallèle au fleuve, et de minuscules artères qui joignent l’océan à la rivière. L’hostel Aracari se trouve au bout d’une d’entre elles, au bord du terrain de football et à 100m de la plage. De petites chambres comfortables entourent un jardin désordonné, juxtaposant une grande terrasse commune équipée d’une cuisine. Les oropendolas peuplent les grands arbres posées à l’entrée de l’établissement. L’endroit transpire la douceur de vivre, et l’accueil est tranquille et souriant.

Hôtel hara-kiri
Posai

Je pose mes affaires et sors profiter des dernières lueurs du jour sur la plage, d’abord, puis côté rivière, afin d’admirer le soleil qui se couche derrière l’autre rive. J’aime déjà profondément cet endroit !

Come on baby light my fire
Hôtel California

De retour à l’hôtel, j’engage la conversation avec un couple de sympathiques suisses dotés d’un accent romand plein d’authenticité et de bonhomie. Jennifer et Nico cherchent des tuyaux pour se rendre à Drake Bay. La conversation s’engage autour de nos voyages respectifs, puis Léo, Sylvain, et Besim, les jeunes vacanciers Genevois, nous rejoignent pour compléter une assistance francophone à forte dominante suisse. La discussion se prolonge jusque tard dans la soirée (22h passées, tout de même…) et dans une ambiance en adéquation avec le lieu, pleine de sourire et de bienveillance. La fatigue me rattrape et je file faire le plein de sommeil avant un énième réveil précoce demain, pour l’exploration matinale du parc national.

Lundi matin, hostel Aracari Garden. Le chant des oropendolas assure un réveil en douceur. Un café serré partagé avec Jennifer et Nico se charge d’éveiller mes sens afin de ne rien manquer de notre tour en canoë. Israël, notre guide, nous distribue gilets de sauvetage et jumelles, et nous embarquons tous les trois dans le petit bateau. Il fait un temps magnifique. Le soleil rasant colore les arbres de reflets roux, puis, s’élevant, transforme la rivière en miroir.

Tatooine
L’oreille cassée 2

Pas de moteur dans ces lieux, nous profitons pleinement de la musique sauvage de ce paradis vert. En tendant l’oreille on entend le bruit régulier du ressac. Le va-et-vient de la pagaie d’Israel, le bruissement des feuilles sous l’effet du léger vent complètent cette hypnotisante bande sonore. Les cris rauques et stridents des perroquets troublent la quiétude du fleuve, mais le spectacle de leur robe colorée compense le désagrément.

Super green

Le spectacle s’ouvre sur le défilé des jacanas, ces petites poules d’eau voguant dans les plantes aquatiques près des berges. Leur tâche jaune au dessus du bec, et leur nage, élégante, leur confèrent une distinction certaine.

Ados dissipés
Papa poule

Les oiseaux de rivière sont légions. Nous observons pas moins de quatre espèces de hérons:

le héron bleu, haut sur pattes et air hautain, avec son long cou;

Croisement entre une cigogne et un pigeon

le héron vert, plus trapu, et son panaché de couleurs brunes et émeraudes;

le héron tigre, et sa robe bigarré;

et enfin le superbe héron à couronne jaune, redoutable prédateur, avec son œil orange et son élégante houppette.

Hipster Heron

Nous apercevons aussi un grand Martin-pêcheur qui vole haut dans le ciel, étrange pour un oiseau se déplaçant généralement au ras de l’eau. Israël nous indique qu’il s’agit d’un « ringed kingfisher », le plus grand des Martin-pêcheurs et le seul à flotter à ces altitudes.

Je n’ai pas réussi à avoir le Martin, donc je pose ici un bel Anhinga qui fait sécher ses ailes

Le parcours est jonché d’étranges créatures orangées qui prennent le soleil sur les arbres bordant la rivière: les iguanes verts arborent leurs habits de lumière pour la saison des amours. Si étrange de voir ces lézards préhistoriques haut perchés dans les branches !

Drôles d’écureuils…
Gothique

D’autres lézards, plus petits, préfèrent la discrétion des branches basses qui plongent dans le Rio tortuguero. Les basilics, avec leur somptueuse crête et leur couleur changeante, se fondent dans le décor.

V

Le festival de reptile continue. Quelque chose remue à droite de l’embarcation : nous devinons d’abord une rangée de pics larges et épais qui émergent de l’eau. En remontant la queue du regard, brillant d’un feu profond, apparaît l’œil gauche du caïman. Le petit dragon des eaux ne s’émeut guerre de notre présence, et attend patiemment que l’on s’éloigne pour reprendre sa sieste. C’est le premier caïman que je vois d’aussi près, et la rencontre avec cette créature du fond des âges me procure une intense émotion.

Ca sent l’embuscade…
Le réveil de Smaug…

Les aboiements des singes hurleurs nous indiquent le quartier des primates. Nous les surprenons en plein festin de feuilles fraîches à la pointe d’une île verdoyante, tandis qu’en face trois singes araignées rivalisent d’adresse, suspendus à la canopée.

Sur ces acrobaties, nous rebroussons chemin, sous le vol de nombreux toucans qui traversent la rivière. Nous entendons aussi, enfin, les grands aras verts, princes des airs du parc tortuguero. Mais ils sont haut dans le ciel et je ne parviens pas à distinguer leurs superbes couleurs. Ce sera pour plus tard !

Ziggy et Buzzie

Israël nous ramène à bon port, et je me prépare un nourrissant petit déjeuner. La matinée se poursuit, tranquille. Je profite de la terrasse en conversant avec mes acolytes. Vers 11h, nous saluons les genevois qui repartent déjà: n’ayant que deux semaines dans le pays, ils le parcourent au pas de course. Les toucans sont aussi présents pour les adieux, sautillants dans les arbres du jardin avant de s’envoler vers d’autres cieux.

Israel vibrations

Je profite de l’agitation pour me remettre en mouvement, moi aussi. Je retourne à l’entrée du parc pour une exploration terrestre de la réserve. Le « sentier du jaguar », qui longe la plage au centre d’une étroite bande de forêt, sur 3km, est une belle aire de jeux pour qui aime observer les animaux.

Jungle street art

Sans guide, il faut particulièrement prêter l’oreille au moindre bruit, et guetter tout mouvement, pour espérer admirer les habitants de ces bois. La forêt est très calme en cette fin de matinée. Une fois habitué au bruit de l’océan, tout près, et au clair-obscur de l’endroit, mes sens en alerte, le jeu de piste peut commencer.

À droite du sentier, une boule de poils grise : un paresseux dort, recroquevillé sur lui-même.

Cloporte ?

En face, grâce à un trou dans la conopée, on aperçoit une crested guan posée sagement sur une branche.

Plus loin, des fruits tombent d’un grand arbres. Je lève la tête, règle la mire, et distingue de nombreux « mealy parrots » dévorant goulûment de grosses baies rondes.

Ces yeux…

J’entends alors le cri reconnaissable entre mille des grands aras, plus loin dans la forêt. J’abandonne mes perroquets et presse le pas, sans courir, vers la source des chants. J’arrive juste à temps pour voir décoller le couple de « great green macaws », dont la sublime robe verte, rouge et bleue resplendit au soleil alors qu’ils s’élèvent au-dessus de la canopée.

Émerveillé, je continue mon chemin. Les oiseaux s’étant figé dans le mutisme, je concentre mon attention sur le peuple des chemins, à mes pieds. Le sol est sec et il fait chaud, des conditions peu propices à l’observation des grenouilles, mais chéries par les lézards. Jamais je n’ai vu autant de spécimens différents au même endroit !

Il y a d’abord ces lézards à la queue verte fluorescente que je croise depuis mon arrivée dans le pays. J’en aperçois quelques individus gigantesques, agiles mais bruyants, au milieu des feuilles mortes.

Fat lizard

Puis un lézard blanc et gris profitant d’un trou dans la canopée pour capter le soleil dans une petite auréole de lumière entourée d’ombre.

Les basilics sont là aussi, et je suis heureux de les voir d’aussi près ! Un superbe mâle se prête même à une longue séance photo.

Dilophosaure de poche

Au hasard d’un regard, je tombe sur un lézard très étrange, à crête, presque blanc. Un jeune basilic, peut-être ?

Arrivée au bout du chemin, après trois heures d’exploration minutieuse du moindre recoin de jungle, je fais demi-tour, marchant à un rythme plus soutenu. J’ai tout de même l’occasion de croiser quelques singes hurleurs, dont une émouvante femelle portant son petit sur le dos.

Et dans le dernier virage avant la sortie du parc, je repère un magnifique petit serpent orange et noir, qui s’enfonce à toute allure dans le sol, alerté par mon passage. J’apprendrai plus tard qu’il s’agit d’un mani-banded coral snake, une espèce rare difficile à observer. Quelle chance !

Beetlejuice (ppdm)

Cette chasse aux trésors a été l’un de mes moments préférés jusque ici de mon séjour au Costa Rica. Cette sensation de faire corps avec la nature, réveillant un instinct sensoriel animal, m’a procuré un grand plaisir.

Le lotus orange

Toutefois l’expérience m’a fatigué. Je dépose alors mon appareil photo à l’auberge, enfile un maillot de bain, et fonce me jeter dans les vagues pour une baignade revigorante. Je quitte la plage et traverse la presqu’île afin de profiter une nouvelle fois du coucher du soleil, côté rivière. Le crépuscule offre un spectacle différent de la veille, moins rouge peut-être, mais tout aussi splendide.

Je retrouve ensuite les lausannois à l’hostel, et nous dînons ensemble dans un petit restaurant caribéen. La journée à laissé des traces : sourires sur des visages emprunts de sommeil, courbatures au niveau de muscles vivifiés par l’effort. Elle s’achève donc tôt, chacun regagnant ses pénates pour une belle nuit, habitée des fantastiques images collectées aujourd’hui.

Mardi matin, Tortuguero. Journée détente. Rien au programme si ce n’est profiter de cette bande de terre magique entre mer et rivière. Je me prépare un petit déjeuner tardif (7h30) et salut Jennifer et Nico, qui prennent le chemin de la côte pacifique. Je papote ensuite un long moment avec Maurice et Barbara, un couple d’allemands arrivé la veille. Maurice est branché sur courant alternatif, la discussion est donc animée. Malgré quelque désaccords de fond, l’échange est ouvert et plutôt intéressant. Vers 11h, le besoin de marcher se fait sentir, et je décide de prendre le sentier qui remonte à l’extrême nord de la lande, jusqu’à une piste d’atterrissage posée à l’embouchure de la rivière.

Le village à peine dépassé, je traverse un terrain jonché de grands arbres, d’où parvient une bruyante litanie. Quatre couples de grands aras verts se nourrissent dans les branches ! Quelle aubaine ! Le soleil fait une (courte) apparition pour me permettre de capturer en images ces superbes oiseaux.

Tu veux ma photo ?
Embrouille conjugale
Ara-besque

Je poursuis ma route, rencontrant au passage un nonchalant toucan, et un social flycatcher.

Frutos citron

Au bout du chemin, un avion passe juste au-dessus de ma tête, comme pour justifier la présence incongrue d’une piste d’atterrissage hors d’âge dans ce lieu isolé.

Je fais demi-tour, repasse brièvement à l’auberge, écris un peu en attendant que la pluie se calme, et sors à nouveau pour une belle balade sur la plage, déserte.

Je croise tout de même un drôle d’hurluberlu qui s’acharne sur une noix de coco. Après m’avoir proposé quelques substances récréatives, il se contente de me faire cadeau de la noix, qu’il a finalement réussi à ouvrir. Puis il disparaît comme par enchantement dans la forêt. Je me régale du savoureux fruit tropical, et plonge dans les eaux agitée de la mer des Caraïbes.

Le ciel se couvre à nouveau alors que je rebrousse chemin vers l’auberge, pas de coucher de soleil ce soir. Mais qu’importe, la journée a été belle, reposante, infusée de l’esprit si particulier de ce petit bout du monde.

Je vous embrasse !

Julien

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