Costa Rica – Étape 9: Sarapiquí

Mercredi matin, embarcadère de Tortuguero. La pluie est tombée drue cette nuit, mais la matinée est ensoleillée. Les quelques passagers marchent à pas lents sur le quai, admirant une dernière fois ce paysage si particulier.

La traversée se déroule dans ce même calme contemplatif, sous le regard des caïmans somnolant sur les berges.

Il est 8h à notre arrivée à la Pavona. Ne me reste plus qu’à rejoindre, via quatre bus différents, le hameau de La Virgen, dans la verte et plane vallée de Sarapiqui, au Nord de San José. Le sémillant barman de l’unique cahute du coin m’annonce dans un sourire compatissant que le bus pour Cariari part à 15h. Je fonce alors sur le parking et avise le premier véhicule venu, usant de toute mon éducation pour modérer mon culot. Denis, suisse francophone quadragénaire, m’invite fort gentiment à monter à bord de son 4×4 de location. Psychothérapeute en Thaïlande, à la recherche d’une nouvelle vie après quinze années à soigner des expatriés en Asie, Denis se passionne pour l’hypnose. Il me propose même une micro séance, que je refuse poliment, arguant que j’aurai besoin de toute ma concentration pour arriver à bon port.

Il me laisse à Guapiles, d’où un nouvel autocar me porte jusqu’à Puerto Viejo de Sarapiqui, ancien port fluvial acheminant les fruits de cette région agricole aux quatre coins du pays. Un ultime bus me dépose devant la réserve Tirimbina, qui m’accueillera ces deux prochains jours. Le lodge est situé à l’entrée de la réserve, à deux pas du plus long pont suspendu d’Amérique centrale, qui traverse le Rio Sarapiqui pour mener aux différents sentiers du parc. Avant de partir en exploration, je prends possession de ma chambre, simple mais spacieuse. Devant la maigre offre hôtelière des parages, moins touristiques, je suis sacrément monté en standing…Les averses répétées qui s’abattent sourdement sur la reserve me donneront néanmoins l’occasion de profiter de ce petit plaisir.

J’attends un moment que la pluie se calme, puis je m’aventure dans le parc. Un toucan “keel-billed” salue mon arrivée, alors qu’une famille de singes hurleurs traverse le pont suspendu. Dessous, le Rio Sarapiqui et ses eaux blanches défilent à tout allure.

King Kong
Sur un fil
Ça moutonne

Je m’engage sur les chemins, qui s’enfoncent dans une forêt humide et très dense. Sous la pluie, il est difficile d’observer la faune: le bruit de l’eau qui tombe sur la canopée couvre les sons animaux, et les gouttes épaisses, comme autant de leurres, mettent les feuillages en mouvement. À mes pieds, j’ai tout de même le loisir d’observer de petits lézards furtifs, ainsi que de superbes grenouilles miniatures.

Lézard brindille
Ninja lizard
Et son acolyte Ninja Frog
Grenouille Polnareff

Au milieu des odeurs de sous bois trempés, je perçois ici et là d’âcres relents d’oignons crottés : les pécaris ne sont pas loin !

Je suis bien équipé, et les immenses palmiers aux larges feuilles qui parsèment la forêt me protègent en partie de la pluie, ce qui me permet d’apprécier la balade.

Vers 16h, heure de fermeture de la réserve, je me dirige vers le lodge, alors que la pluie s’arrête. En retraversant le pont, j’ai le droit à un étonnant bouquet final aviaire. Un oropendola chante, en se contorsionnant à la manière d’un ventriloque pour émettre son incroyable mélodie, faite de sons électriques (façon modem 33ko, les anciens savent), puis aquatiques (ces gouttes d’eau qui tombent en résonnant au fond d’un vase au bec étroit). Merveilleux d’être témoin de cet hallucinant spectacle !

Ceci n’est pas un oropendola.

Puis vient le moment du festival de toucans. Yellow-throated et keel-billed confondus se relaient entre ciel et branches pour me faire admirer leurs prodigieuses formes et couleurs.

Street Art Toucan
Force jaune dessus, marron dessous
Chacun sa branche

Je rentre heureux dans mon palace, juste avant que l’averse ne reprenne, et m’allonge sur mon grand lit pour réfléchir à la suite des opérations, ma prochaine étape au Costa Rica, mais aussi mon prochain pays…Le chili ayant rétabli une quarantaine stricte, tout cela demande une certaine réflexion.

Deux heures plus tard, j’en sais un peu plus sur la situation au pays de Salas et Zamorano, et j’ai choisi la jolie vallée d’Orosi, au sud de San Jose, comme prochaine destination. Je dîne tranquillement dans le calme du lodge, puis me couche, bercé par les bruits de la pluie qui tombe avidement, couvrant les hurlements des singes plus loin dans la forêt.

Jeudi matin, Réserve Tirimbina. Il est 6h et j’attends, sous une pluie battante, le guide qui doit conduire le “bird watching tour” réservé la veille. William arrive un court instant plus tard, me donne une paire de jumelles, s’empare de son télescope, et nous partons à la recherche des oiseaux. Nous nous postons d’abord à l’entrée de la réserve, sur une aire dégagée. Les premières vingt minutes sont calmes. Très calmes. Mais, dès que la pluie cesse, des dizaines de volatiles sortent de nulle part et fleurissent sur les branches alentours. Le ciel s’emplit de flopées de bruyants perroquets, de virevoltants martinets, ou de paisibles aigrettes de bétails.

Ça, c’est bien un oropendola. De montezuma pour être précis.
Hors sujet.

Plus près de nous, ce sont d’innombrables espèces de tanagers, d’attrapes-mouches, ou de warblers qui fixent sur nos rétines de fugaces taches de couleurs.

Green Honeycreeper – au vert dans un univers vert

Nous nous dirigeons alors vers le pont, admirant les nombreux colibris qui butinent les sublimes fleurs de l’allée. Dans un petit arbre, derrière une feuille, de se cache le surprenant oiseau-zèbre, le fasciated antshrike.

Ebony & Ivory

À l’approche de la rivière, de plus gros spécimens se dévoilent:

le tropical kingbird, ventre jaune et robe gris-beige;

Central Park

l’acadian flycatcher, qui lui ressemble tant mais que l’œil expert de William permet d’identifier;

le superbe Mot-Mot et les deux plumes caractéristiques au bout de sa queue colorée;

À la chasse au Motmot

et même un somptueux trogon, contour des yeux jaune assorti à son ventre, robe bleu-nuit resplendissante, intérieur de la queue rayé noir et blanc…probablement mon oiseau préféré !

Le style de cet oiseau !!!

Je pourrais continuer ainsi la liste presqu’indéfiniment, puisque nous avons observé pas moins de 59 espèces différentes en 3h…

Pour clôturer les découvertes du matin, sur le chemin du petit déjeuner sautille une invraisemblable grenouille noire tachée de vert fluorescent ! Quelle matinée !

La fameuse grenouille chocolat-pistache

Je partage mes impressions avec Estelle et Sébastien, couple de français aperçus brièvement dans le parc national Cahuita quelques jours auparavant. Puis je me repose un moment dans ma grande chambre, avant de retourner sur les sentiers, jumelles en main.

Les débuts de l’expédition se révèlent aussi infructueux que ceux de la veille en terme de « wild life watching », mais aussi agréables en terme promenade champêtre. Au détour d’un virage, je croise une charmante famille costaricienne, une mère et ses trois grands enfants. Les adolescents souriants s’enthousiasment pour mes jumelles, puis mon appareil photo. Ils se mitraillent de selfies, hilares, dans des poses de photographes animaliers.

Sympa cet épisode de “Rendez-vous en terre inconnue” avec BHL

Un peu plus loin, je converse avec un couple de français à la recherche de paresseux. Bredouilles mais heureux, comme moi.

Alors que je me rapproche de la rivière, je profite d’un coin plus aéré de la forêt, et de l’arrêt de la pluie, pour tenter d’observer les oiseaux. Avec un peu de patience, et usant de ma maigre expérience, je parviens à admirer un superbe tityra masqué perché au loin, quelques thrushes et woodcreepers. Mais surtout un nouveau trogon ! Probablement une femelle, moins étincelante que le mâle aperçu ce matin, mais d’une élégance rare dans sa robe automnale.

Bon, ok, sans jumelles et à cette distance, il faut un léger effort d’imagination…

Fier de moi, je retraverse le pont, et m’installe confortablement pour travailler sur le blog. Le reste de l’après-midi s’écoule paisiblement, entre écriture, sieste, et lecture.

En dînant, je me dis que j’ai profité au maximum de mon coûteux séjour ici, et que, malgré la pluie, j’ai su tirer le meilleur de cette formidable réserve ! Demain, d’autres horizons m’attendent dans la vallée d’Orosi, un nom qui m’évoque curieusement l’Égypte antique mais qui fleure bon la nature verdoyante !

Je vous embrasse !

Julien

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