Mexique – Étape 5: Huatulco

Mercredi matin, Puerto Escondido. Le bus pour les baies de Huatulco, ma prochaine et ultime destination sur les côtes du Oaxaca, part à 18h. J’ai donc une belle journée devant moi. Je vais courir sur la plage, traversant Zicatela en large et en travers, y croisant la faune matinale habituelle: yogis, surfeurs de tous âges, retraités américains et sirènes promenant leurs chiens manucurés.

Santa Barbara, qui me dira, pourquoi (tu regarde ça ah)

Je me rafraîchis dans l’eau claire de la baie, sèche un instant en regardant passer les phénomènes sus-nommés, et rejoins Brian au Cafecito pour un petit déjeuner de champion. La programmation musicale de qualité amène naturellement les deux mélomanes que nous sommes à parler sons et mélodies. Mozart, Pink Floyd, Dire Straight, Public Enemy, ou encore Fat Freddy’s drop sont à l’honneur de notre conversation. Midi approche et je dois retourner à l’hôtel pour effectuer le check-out. Je salue ce cher Brian, et nous convenons de nous donner des nouvelles dans les prochaines semaines.

Après une douche revigorante, je rends ma chambre et file en ville pour effectuer un achat important : une tondeuse pour me débarrasser de ma barbe hirsute et de ce look hipster inachevé. Je trouve mon bonheur assez vite et redescends vers le café trouvé hier. Je m’y installe pour rattraper le significatif retard pris sur le blog. Cette tâche m’occupe jusqu’au départ de mon bus pour Huatulco.

Celui-ci me dépose à 20h30 dans l’étrange village de La Crucecita. En marchant vers mon hôtel, je découvre une ville nouvelle, encore en construction, mais désertée par les touristes. On dirait un projet d’envergure abandonné à quelques mois de la livraison. Mais il est tard, et l’obscurité et la fatigue altèrent sans doute ma perception.

A l’auberge, outre l’affable réceptionniste, je trouve quelques voyageurs conversant en Français dans le patio. Il y a là Xavier, routard montpelliérain en partance pour le Chiapas, Nadège, travailleuse sociale à Nantes, et Craig, doctorant en science du language, américain étudiant en Suisse et francophone. J’apprends assez vite que Nadège est originaire de Batz sur mer, à une encablure du Pouliguen. Le monde est drôlement petit ! Craig nous raconte les interviews invraisemblables avec les populations zapotèques du Juchitan (tout proche) réalisées pour sa thèse. Tout un programme ! La conversation se poursuit dans le dortoir, que nous partageons avec Jules, jeune Québécois en vadrouille, et David, voyageur curieux et cultivé de l’Oregon. Nous décidons tout de même d’éteindre les lumières à minuit, afin de ne pas hypothéquer la journée du lendemain. Beaucoup d’heures de voyage pour la plupart…et pour moi l’exploration des nombreuses baies des parages !

Jeudi matin, La Crucecita de Huatulco. Petit déjeuner animé avec les mêmes convives que la veille. J’en profite pour leur demander des tuyaux sur les choses à faire dans le coin. Je choisis finalement de rejoindre à pied une plage isolée à une dizaine de kilomètres de la Crucecita. Je souhaite un bon vent à mes collègues et me mets en route, sous une superbe soleil. Le début de la promenade confirme mes impressions de la veille. La route des plages est superbe, flambant neuve, décorée de jolis massifs floraux. Et…déserte.

Highway to heaven
C’était bien parti…

La route traverse le parc national Huatulco, et je ne tarde pas à m’apercevoir que ses bords sont plein de vie. De superbes oiseaux apparaissent ici et là, et je peste d’avoir laissé jumelles et appareil photo à l’auberge. J’admire tout de même quelques magnifiques spécimens, dont un oiseaux blanc et noir dont la crête recourbée forme comme des antennes, et me promet de revenir le lendemain pour capturer ces merveilles en images. Je croise même le chemin d’un petit mammifère beige, sorte d’hybride entre coati et raton laveur.

Ok, la photo est pourrie, mais il s’agit d’un sublime citreoline trogon !

À une intersection, je quitte l’autoroute factice et m’enfonce sur un petit sentier traversant la forêt sèche. A mi-parcours, il offre un jolie point de vue sur une zone probablement marécageuse en saison des pluies.

“Tu sais, par ce tunnel tout sombre qui ne sent pas très bon…” G.A.
Observatoire
Quelqu’un s’est contenté d’arroser les bords…

Le chemin débouche sur une magnifique plage, la playa Cacaluta, déserte elle aussi. Je suis saisi par la beauté du paysage : deux petites baies se suivent, séparées par une minuscule île rocailleuse, qui baigne dans une eau d’un bleu profond. Le sable blanc donne lui aux abords de la plage une teinte turquoise à l’océan pacifique.

La Corrida
La Bendor des tropiques

Pas une âme à l’horizon, le doux bruit du ressac comme seule musique, l’endroit est propice à la méditation. Je dépose mes affaires à l’intersection des deux baies, et plonge dans une eau chaude et limpide.

Pile

Je nage jusqu’à l’îlot, version tropicale de Bendor, trouve un rocher plat émergeant à dix mètres du rivage, et m’y installe confortablement pour une séance contemplative. Une délicieuse brise me caresse, mitigeant ainsi la chaleur. Lorsque celle-ci se fait néanmoins sentir, je plonge du haut de mon perchoir, mais remonte vite sur mon cailloux, ne me résiliant pas à quitter ce havre. Je finis tout de même par retraverser, pour découvrir qu’allongé sur le sable chaud, on est pas mal non plus…Après trois heures de tranquillité, un petit bateau accoste dans la seconde baie. Beau joueur, je décide d’offrir aux nouveaux arrivants la douce solitude dont j’ai bénéficié, et reprends le petit sentier en sens inverse.

Face

Je me rends alors sur la playa Maguey, à quelques kilomètres, afin de m’offrir une session de snorkelling. La plage n’a pas la grace sauvage de la playa Cacaluta, mais c’est une belle crique, dont les pointes rocheuses laissent deviner de jolis fonds poissonneux.

L’affluence est modérée, essentiellement locale et familiale. Je loue palmes, masque, et tuba, et me jette à l’eau, impatient de découvrir les espèces marines des parages. Poissons perroquets, poissons anges, poissons trompettes, poissons globes se distinguent au milieu de nombreux autres donc je n’ai pas retenu les noms. La vie foisonne, au dessus des massifs de coraux verts et gris, ou entre les rochers. Quelques apnées à six ou sept mètres me permettent de voir une jolie murène dorée, et une petite tortue, que j’accompagne longuement avant qu’elle ne me sème dans les profondeurs. Je retrouve ces sensations superbes de ne faire qu’un avec le monde marin, même s’il me faut malheureusement faire surface pour respirer. Hâte de refaire de la plongée pour une immersion totale ! Je reste si longtemps dans l’eau que je réussi à avoir froid, dans une eau à 28 degrés…Satisfait de cette belle session, je restitue le matériel et amorce mon retour vers la Crucecita.

La voie royale

Le calme de l’auberge me permet de programmer mon départ vers le Chiapas pour le lendemain. Alors que je me prépare à dîner, je suis rejoins par David. Nous partageons une bouteille de Victoria, et conversons paisiblement. Oregon, Idaho, Macron, Socialisme, Zapatistas…les sujets se suivent agréablement, suivant une chaîne logique d’associations. Toujours un plaisir d’échanger avec des personnes ouvertes et intelligentes. David me laisse vers 21h pour aller chercher le bus de nuit vers San Cristobal, que je prendrai le lendemain. Je monte sur la terrasse pour lire quelques chapitres, et me couche, fourbu de cette magnifique journée dans les baies de Huatulco.

Vendredi matin, Hostel Azul y Blanco. L’auberge ne compte que deux invités aujourd’hui. Je petit-déjeune en compagnie de Simon, journaliste Chilien en vacances au Mexique. Comme Fabricio, le folklorique argentin de San Jose, Simon est originaire de Patagonie. La conversation s’engage sur les paysages spectaculaires de la terre de feu. Après ce voyage imaginaire, je décide d’honorer le rendez-vous pris avec les oiseaux la veille, et fais route vers les plages, appareil photo et jumelles en main. Simon m’accompagne. Nous évoquons la situation politique de nos deux pays, et, tout en apprenant beaucoup sur le Chili, je m’étonne de l’étendue des connaissances de Simon sur la France. Je suis alors content de partager les miennes, bien maigres, sur les oiseaux. Et ces merveilles volantes sont presque toutes au rendez-vous, seul manque le superbe trogon citroleine.

Nous suivons un sublime oriole d’altamira jusqu’à ce qu’il se pose brièvement sur une fleur rouge, à la merci de mon obturateur. Le soleil donne de l’éclat à sa robe orange, et marque les contrastes avec sa gorge et ses ailes noires.

Orange and Black is the new Black

J’entends alors ce bruit familier, comme un ami pressé qui frappe à la porte une froide soirée d’hiver. Un drôle de golden-cheeked woodpecker perce un trou vers le haut de la conopée. Avec sa tête jaune, on dirait un joueur de football peroxydé…

Neymar Woodpecker

Plus loin, de petits orange-breasted buntings virevoltent à basse altitude, dans une explosion de couleurs vives: ventre jaune, robe turquoise, petite tache orange sur la poitrine.

La route nous mène au sommet d’une colline, qui offre une vue sur tous les environs. À l’ouest, la succession de petites baies emblématiques de Huatulco, au nord, les montagnes cendrées du Oaxaca, et au sud, la jolie crique Entraga, notre destination.

Les fjords du Oaxaca
Les fameux cactus à coucougnous
Tient, un pititoizo sur le cactumse

Alors que nous contemplons le paysage, je reconnais le chant de l’oiseau aux antennes. Un étonnant white-throated Magpie-jay est posé sur un arbre à quelques mètres de là !

L’oiseau majordome

Le clou du spectacle: un couple de northern cardinals s’agitent dans le labyrinthe de branches sèches de la forêt. Je contemple la femelle derrière mes jumelles, sa robe beige, son bec rouge vif, et son extraordinaire crête, lorsque le mâle fait irruption, éblouissant le cadre de sa couleur écarlate.

Joli brushing, Madame Cardinale

Comblés par toutes ses découvertes, nous rejoignons la plage, et poursuivons notre bavardage autour d’un jus frais. Il est ensuite temps, pour lui de faire demi-tour, son avion pour Cancun partant dans l’après-midi, et pour moi d’explorer les récifs de coraux. Une autre belle session de snorkelling, je retrouve la faune sous-marine de la playa Maguey, dans un paysage légèrement différents, le corail y étant plus abondant. Une magnifique petite tortue jaune et noir m’entraîne par presque dix mètres de fond, avant de disparaître vers le large. Nager auprès de ces créatures millénaires me procure toujours une intense émotion. Elles dégagent une puissante sérénité, teintée de poésie, comme les personnages de Marcel Pagnol.

Les vacances de Monsieur Hulot

Lorsque je sens la chaleur irradier mes épaules, je mets fin à mon escapade et regagne la plage. Je restitue mon matériel et prends le chemin de la Crucecita.

Je suis désormais le seul client de l’Hostel Azul y Blanco, c’est donc l’occasion de bavarder avec Celeste, la souriante tenancière. Je sors dîner dans une petite échoppe en ville, connue pour ces délicieuses tlayudas, énormes tortillas garnies de choux, de fromage, et bœuf séché, une spécialité du Oaxaca. Je me régale ! Repu, je passe par l’auberge pour prendre mon paquetage, salue chaleureusement Céleste, et marche jusqu’à la gare routière. 21h30, le bus qui doit me déposer à San Cristobal dans 11h est à l’heure. Je m’installe, à côté d’un homme corpulent tenant dans ses bras une jolie petite fille endormie. Ces belles journées entre mer et forêts m’ont épuisé, je devrais trouver le sommeil facilement…

Je vous embrasse !

Julien

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