Pérou – Étape 1: Lima

Mardi matin, aéroport de Guatemala. Notre tenancière a tenu à nous amener au terminal international. En pyjama, et les yeux gonflés de sommeil, elle a été plus calme que la veille. Nous affrontons une à une les épreuves que se doivent de traverser les voyageurs en ces temps de covid. Et nous franchissons haut la main l’ensemble des obstacles, jusqu’à la porte d’embarquement. Là, un homme peu amène nous refuse le passage. Le motif pourrait faire l’objet d’un mauvais sketch de Pierre Palmade : nous n’avons sur le visage qu’un seul masque chirurgical. Or, le Pérou impose le port du double masque dans les transports, voire du double masque triplé d’une visière. Arlette et moi restons interdits, croyant à une mauvaise blague. Et notre stock de masques est en soute. Deux charmantes demoiselles se précipitent si gentiment pour nous tirer de ce pétrin en nous offrant les précieuses doublures, notre laisser-passer vers un monde fantastique où des génies ont inventé la parade ultime contre la pandémie : étouffer les populations avant qu’elles ne contaminent autrui. Moi qui ai toujours déclaré être heureux de ne pas être celui qui prenait les décisions liés aux mesures sanitaires, conscient de l’immense difficulté à établir des règles cohérentes, j’avoue être sidéré par des lois si grotesques. Mais je ravale bien vite mon manque d’humilité, me souvenant que le Pérou a payé un très lourd tribut au début de la Pandémie. Et le double masque est un bien maigre prix à payer pour continuer à voyager !

Quid d’une cagoule 3 trous inversée ?

Après une courte escale à Panama, et quelques heures de vol, nous atterrissons à Lima en début d’après-midi. Les formalités de douane se déroulent là encore sans encombre, et nous récupérons nos bardas, fatigués mais heureux d’être là. Un agent de sécurité lui aussi peu amène nous informe que le bus vers le centre ville ne fonctionne pas et qu’un taxi est la seule solution. Justement un chauffeur nous aborde, et nous propose de nous conduire à Miraflores pour la somme de 60. Je fais rapidement le calcul, une douzaine d’euros pour 45 minutes de voiture, cela semble honnête. Arlette, pas convaincue des informations reçues sur le bus, propose de poursuivre nos investigations. Mais, fatigué, j’insiste pour monter dans le taxi, afin d’arriver au plus vite. À l’approche de Miraflores, nous découvrons que le prix n’est pas de 60 soles, mais bien de 60$. Habile, cette crapule de chauffeur n’a pas précisé la devise, et trop pressé d’en finir, je n’ai pas posé la question. Cinq minutes au Pérou et une première arnaque. Voilà qui invite à la prudence…

Blondir n’a pas que du bon…

L’Hostel est rustique, et le réceptionniste est la copie conforme de notre hôte de la veille. Intarissable. Dans son avalanche de paroles sans intérêt, un élément retient tout de même notre attention : demain, c’est jour de fête nationale au Pérou. Ainsi bus et hôtels sont pris d’assaut, et les prix flambent pour quelques jours. Nous constatons instantanément qu’il dit vrai, puisque les bus du lendemain pour Paracas sont pleins, et les chambres excessivement chères. Qu’à cela ne tiennent, nous prenons des billets pour le surlendemain, prolongeons d’une nuit notre séjour ici, et nous contenterons de deux lits en dortoirs pour notre séjour à Paracas. Le temps de régler tout cela, il est déjà tard. Nous traversons la place Kennedy, centre névralgique du quartier huppé de Miraflores, et marchons jusqu’au restaurant El Bodegon, qui tient bonne presse. Évidement, l’endroit est bondé et ne dispose pas de table disponible pour nous. Même si se faire refouler d’un restaurant relève de la science fiction pour nous (covid oblige, nous avons le plus souvent dîné dans des restaurants vides), nous sommes heureux de voir les locaux profiter à nouveau, même avec le visage couvert de masques. Nous trouvons une table à l’Amore, sorte de pizzeria branchée, prisée des bourgeois de Lima. Le dîner est correct, ni plus ni moins, mais il fait son office et, dans la fraîcheur de la nuit péruvienne, nous regagnons l’auberge. Épuisés par le voyage, et tant de péripéties, nous nous écroulons devant un film, en attendant que le couple d’israéliens gentils mais bruyants qui cuisine devant notre chambre aille se coucher…

Je VEUX ce lustre pour mon prochain appart’

Mercredi matin, Lima. La nuit a été rude. Très rude. Les israéliens, sur fond de reggeaton, ont prolongé leur dîner jusqu’à 23h. A minuit, deux jeunes femmes bruyantes ont fait une entrée remarquée dans l’auberge. À 4h, la sonnette a retenti cinq bonnes minutes, avant qu’Arlette n’aille ouvrir à un couple de jeunes gens éméchés qui avaient oublié leur clé. La veilleuse de nuit ne prenant la peine de se lever qu’une fois les brebis galeuses rentrées dans l’étable. À 5h30, les voyageurs matinaux n’ont pas pris la peine de ménager le sommeil de leur colocataires. Il est 8h, je suis fatigué, grognon, et j’ai les yeux qui piquent. Après une bonne douche, froide, nous descendons profiter du petit-déjeuner compris dans le prix de la chambre. Un café floteux et un micro sandwich. Merci bonsoir, j’hésite à aller me recoucher. Plutôt que de sombrer dans la sinistrose, dans la grisaille salle de Lima, nous rions de la situation et sortons prendre un deuxième petit-déjeuner. Pas fameux mais consistant, ce dernier lance une journée jusque là mal embarquée. Nous décidons de nous rendre dans le centre historique afin de visiter le Museo de artes. Nous marchons jusqu’à la station de metrobus la plus proche, double masque sur le visage, achetons nos titres de transport, et nous voyons refuser l’accès au quai. Motif : pas de visière. Fort bien, nous achetons donc une paire de visières à la pharmacie du coin, et revenons montrer pâte blanche au poinçonneur de l’absurde.

Ceintures, bretelles, parachutes

Le C nous dépose en plein centre. Les rues débordent de rouge et de blanc, les drapeaux sont aux fenêtres et la moitié des passants arborent le maillot de l’équipe nationale. Touchés par un tel patriotisme, nous marchons vers la place centrale, dont l’accès nous est à son tour refusé. Mais cette fois nous ne sommes pas les seuls à rester à quai : la police bloque le passage. Des manifestations sont en cours un peu partout dans la capitale. Nous en voyons d’ailleurs passer une, étonnant défilé, calme et coloré. Le quartier bouclé ici et là, nous suivons l’un des axes encore ouvert jusqu’au Parc de l’exposition, où se trouve le musée des arts. L’accès nous est refusé là aussi. Mais pas pour un défaut de triple épaisseur, le site est fermé pendant les fêtes. Fort bien, nous faisons le tour du pâté de maison jusqu’à l’entrée du parc, où s’ébattent de jolis canards. Nous restons un moment, témoins de scènes touchantes, comme ces poussins tentant de franchir une paire de marches sous les yeux attentifs de leur mère. Témoins de scènes choquantes aussi, comme ce mâle colvert poursuivant une femelle avant de l’immobiliser sur la pelouse et de faire son affaire, heureusement à l’abri des regards innocents.

Ti amo Peru !
Les trois mousquetaires
Le vilain gros canard

Une fois terminée la visite de la basse-cour, nous remontons dans le bus, dans notre déguisement de Robocop aux urgences. Avant de rejoindre l’auberge, nous passons par El Bodegon, afin d’y réserver une table pour le dîner. Mais le restaurant est plein pour les douze prochaines années. Tant pis, nous tenterons notre chance ailleurs. Après une courte halte à l’hostel, nous marchons jusqu’au Mercado 28, sorte de food court à la sauce hipster. Nous n’y trouvons pas la simplicité attendue, puisqu’un agent de sécurité à la dégaine de physio nous « invite » brutalement à rejoindre la file d’attente. Tout ça pour aller manger des saucisses. Nous attendons sagement qu’une table se libère, et prenons place dans le marché, agréable et convivial, contrastant ainsi avec le cinéma opéré à l’entrée. Nous optons pour une échoppe amazonienne, à la devanture et au menu exotique. Erreur. La viande trop cuite est extrêmement salée, et les énormes boulettes de plantain pourraient à elles seules assécher l’amazone. Nous rions de cette énième mauvais choix, et rentrons nous coucher à l’auberge. Nous y rencontrons Adeline et Jahmy, qui occupent la chambre voisine. Mère et fils, les deux français achèvent un périple d’un mois au Pérou. Voyageurs au petit budget, ils s’enorgueillissent à juste titre d’avoir bouclé leur aventure en dépensant très peu, et nous distillent quelques précieux conseils et bon plans, pour éviter les arnaques. L’auberge est calme lorsque nous éteignons nos lampes de chevet sans ampoules, laissant augurer d’un sommeil réparateur…

Choke on this

Je vous embrasse !

Julien

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