Pérou – Étape 7: Lac Titicaca

Vendredi matin, Le Foyer. Ultime petit-déjeuner sur notre terrasse favorite. Après avoir rangé nos affaires et paressé au soleil, nous sautons dans un taxi pour la gare routière. À midi, nous sommes confortablement installé dans notre bus pour Puno, au bord du lac Titicaca. Nous passerons quelques jours sur les rives de ce lieu mythique, perché sur les hauts plateaux des Andes entre Pérou et Bolivie, à 3900m d’altitude. Je profite du trajet pour raconter notre expédition alpine au Chachani, revivant ainsi les émotions intenses ressenties sur les pentes du volcan. Sous nos fenêtres, le paramo fauve défile. Ça et là, un petit lac où s’abreuvent lamas et vigognes pendant que se nourrissent des flamands roses, en toute quiétude. Ce pays est vraiment magique !

Le bus nous dépose à Puno en début de soirée. Fatigués, nous hélons un taxi, qui nous dépose cinq minutes plus tard à notre hôtel. Nous venons à bout des formalités de check in malgré un réceptionniste probablement bercé très près du mur. Le temps d’enfiler quelques couches supplémentaires (il fait drôlement froid ici), et nous voici dans l’artère piétonnière de la ville en quête d’une bonne pitance. Enfin d’un repas chaud, l’aspect “préfabriqué” de la ville nous invitant à revoir nos attentes à la baisse. Nous entrons sans conviction dans une discrète taverne, résistant à l’appel racoleur des rabatteurs à la solde de ronflants restaurants à touristes. Et nous ne sommes pas déçus du voyage. La truite panée est minée d’arêtes, et l’écran géant diffuse des clips faits-maison des gipsy kings locaux. Ravi de cette plongée dans la réalité des riverains du Titicaca, nous regagnons notre chambre froide, des rythmes inca-manouches plein la tête.

Legoland

Samedi matin, Puno. Après un petit déjeuner sommaire à l’hôtel, direction le port. En chemin, un sympathique autochtone nous propose deux places dans un bateau à destination de l’île d’Amantani, pour un prix honnête. Nous acceptons, et nous laissons mener vers l’embarcation. Emmitouflés dans nos pulls en laine pachère, nous délaissons le confort de la salle pour nous installer sur le toit panoramique de la lancha. Là, nous regardons s’éloigner Puno, et ses empilements de briques brunes. “Lego Town” conclue Arlette avant de tourner la tête vers le large.

Lumières
Dunkerque
On va enfin pouvoir reconstruire la paillote à Francis

Le lac est jonché de roseau. Oiseaux en tout genre se régalent dans ce paysage marécageux, en particulier la star locale : la grèbe du Titicaca. Des travailleurs œuvrent dans l’ombre des tiges hautes afin de récolter la matières premières des îles Uros, vers lesquelles nous voguons. Ces étranges îles flottantes, faites de tourbes et de roseaux, abritent une communauté étonnante, dont les deux tâches principales sont la maintenance des îlots (les roseaux doivent être changés tous les quinze jours !) et l’accueil des touristes de passages. Le capitaine gare son navire le long d’un des multiples tas de foin ancrés dans la zone, et fait descendre sa vingtaine de passagers. Assis en rond sur un banc en roseaux, nous écoutons le chef du patelin nous raconter comme un disque rayé le mode de vie de sa famille, avant de nous vendre des tours en bateau de paille et des babioles en acrylique.

Rubrique des grèbes écrasées
Les îles Nouf-Nouf
Bateaux-mouches
Abraracourcix et Bonemine

Après ce folklorique arrêt obligé, nous mettons le cap sur Amantani. La croisière est fraîche mais délicieuse, seuls sur notre toit ambulant. Le vent colore au hasard la mer intérieure azure de poches bleu arctique, troublées par les canards qui s’envolent à notre approche.

Le monde est à nous
Svalbard
Mirage

Nous passons la péninsule de Capachica, et découvrons l’île qui nous hébergera cette nuit. Avec sa forme hexagonale, et les deux petits monts en son centre, Amantani ressemble à une bernacle. Sur ses flancs en pente douce, les terrasses fauves attendent sagement la saison des pluies pour livrer leurs trésors.

Bernaaaaaaaaacle !
La côte amantanienne

À l’embarcadère, Ruby nous attend en tenue traditionnelle, un joli sourire timide sur son visage adolescent. Le tourisme dans l’île est entièrement géré par la communauté, et, à tout de rôle, les familles accueillent les voyageurs dans leurs foyers. Ruby vient ainsi nous chercher pour nous mener chez ses parents. Mais pour l’heure, elle patiente gentiment, le temps que je trempe ma main gauche dans l’eau froide du Titicaca, puisque j’ai jugé judicieux d’empoigner la cheminée brûlante du bateau avant de quitter l’embarcation. Désormais accoutumés à l’altitude, nous grimpons sans mal à travers les chemins pavés du village, jusqu’à la maison de Gerardo et Angelina. Notre chambre est rustique mais étonnamment confortable. Sur le matelas de paille ferme, les quatre couvertures laissent augurer d’une nuit froide. Pour l’heure le soleil est au zénith et nous déjeunons sous la chaleur de ses rayons d’une délicieuse truite fraîchement pêchée.

Gerardo est un hôte attentionné, il nous donne quelques indications pour explorer son île. Nous partons ainsi à la conquête de Pachamama et Pachatata, les deux sommets entraperçus tout à l’heure. Nous progressons lentement sur des chemins de pierre soignés, qui serpentent entre les terrasses agricoles renforcées par de petits murets de pierres. Superbe !

Cyclades

Les deux sommets se font face, nous choisissons de commencer par le plus haut. De la vaste plateforme de Pachamama, nous contemplons l’horizon. Du côté des eaux boliviennes du lac, d’immenses monts enneigés se dégagent, culminant sans doute à plus de 6000 mètres. Plus proches, les reliefs bruns de la péninsule Capachica invitent à d’autres balades. Assis sur les murs d’un sanctuaire fermé, nous trouvons Nicklas et Louis en grande discussion. Les deux apprentis médecins, respectivement suisse et français, ont sympathisé sur le bateau, et bavardent au soleil. Nous nous joignions à la conversation, et Louis répond à toutes nos questions en suspens sur le Salkantay Trek, la prochain randonnée inscrite à notre programme. Nous le remercions chaleureusement pour ses lumières, et rejoignons le Pachatata pour y assister au coucher du soleil.

Black Blanc Beur
Agneau récalcitrant
Mirage #2

Nous tombons sur une étrange procession : quelques touristes, français et américains pour la plupart, tournent inlassablement autour d’un mur de pierre dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, sous le regard amusé de guides locaux. Nous ignorons la danse rituelle et nous adossons à une grosse pierre, ainsi aux premières loges pour le spectacle à venir. Quelques jolis nuages se joignent à la fête dans un ciel jusque là immaculé, et le soleil fait son office, distillant ses lueurs rouges et rosées. Magnifique.

Apocalypse now
5-3-2

Nous sommes parmi les derniers à quitter le site, et il fait déjà sombre lorsque nous atteignons la plaza de armas. Là, nous partageons une bière dans l’épicerie-restaurant du pueblo, soudain rattrapés par la fatigue des jours précédents, pas encore tout à fait remis de notre ascension du Chachani. Nous retrouvons le chemin de la maison de Gerardo, où Angelina prépare le dîner. Nous faisons connaissance de Fiorela et Oscar, jeune couple de péruviens très charmants, qui partagerons notre repas. Gerardo se joint à nous et nous passons un moment fort sympathique, entre la rude douceur du vieil homme et les sourires contagieux de nos enthousiastes co-pensionnaires. Nous nous couchons dans le calme de l’île qui sommeille déjà, après une formidable journée sur le Titicaca !

Le retour du Misti flottant

Dimanche matin, Amantani. Angelina sert le petit déjeuner à la table familiale, où nous retrouvons nos voisins de chambrée. Vraiment adorables ! Nous conversons dans un mélange d’anglais et d’espagnol, alors que Gerardo tente de nous apprendre quelques mots de Quechua, ravi de contribuer à cette joyeuse tour de Babel.

Happy people

Vers 8h, nous saluons nos hôtes et co-invités, et le vieil homme nous accompagne à l’embarcadère, s’assurant que nous trouvons place dans le collectivo pour Chiffron. Comme à l’accoutumé, nous devons attendre que le bateau se remplisse avant de rejoindre la jolie péninsule de Capachica qui fait face à l’île, à l’ouest. Un drôle de petit bonhomme espionne une paire de lapwings derrière son télescope. J’engage donc naturellement la conversation avec mon confrère « birder ». Pablo est en fait biologiste, ornithologue, et il est en repérage sur le lac en vue d’une prochaine étude de la zone. Il est accompagné de Natalie, jeune spécialiste des insectes. L’homme est une véritable pile électrique…Ravi d’avoir trouvé un public à sa mesure, il passe en un éclair des condors de Nasca aux colibris des highlands, en passant par les fameuses grèbes du lac Titicaca. De son monologue anarchique et déroutant se dégage tout de même une immense fierté pour l’incroyable biodiversité de son pays. Plus discrète, Natalie nous aide avec enthousiasme à identifier quelques espèces aperçues la veille. La traversée est ainsi riche en sourires et en enseignements, et les locaux s’amusent beaucoup du spectacle offert par notre improbable quatuor.

Pablo, la gouaille de Chris Tucker dans le corps de Jackie Chan
Titicaca grebe
C’est à moi qu’tu parles ?

À Chifron, nous laissons le couple de scientifiques monter dans un mini van vers Juliaca, et marchons vers la plage. Celle-ci offre une jolie vue sur les îles Amantani et Taquile, et, plus accessible, elle est prise d’assaut par les touristes locaux. Le sable est jonché de tentes multicolores, où les familles se reposent entre deux parties de volley-ball. Les rires des enfants qui pataugent dans le lac, le fumet des barbecues improvisés à l’arrière des voitures, les cerfs-volants aux couleurs criardes qui se disputent le ciel…Il règne ici une atmosphère heureuse et familiale, et la chaleureuse simplicité de cet endroit nous plait instantanément. Nous déjeunons d’un plat de friture local accompagné de pommes de terres aux formes étonnantes, et nous trouvons un petit carré de sable au milieu des locaux.

Nuits debout

Arlette bouquine au soleil pendant que je pars à la découverte de la baie. Une petite butte surplombe l’extrémité Est de la plage. Je grimpe afin d’admirer ces collines fauves si particulières, qui contrastent élégamment avec les eaux azur du lac.

Terre plissée
Killer whales, enfin…
Monet

Je redescends par un sentier escarpé, qui débouche sur une petite anse contiguë à la plage. Un poste d’observation parfait pour admirer les canards et autres oiseaux de rivages qui profitent du calme des lieux. Puna teals et mouettes à tête grise flottent paisiblement entre les roseaux, pendant qu’une paire de lapwings des Andes répètent leurs gammes sur la rive.

Life
Cocotte
Blue nose duck
Mouettes à têtes plates

Après ce joli interlude aviaire, je traverse la plage, toujours aussi animée, et retrouve Arlette, dont l’espace initial a été colonisé par une paire de familles. Une petite fille pousse un ballon avec application, je ne résiste pas à échanger quelques passes avec elle, sous les yeux amusés de sa mère. Qui insiste d’ailleurs pour immortaliser ce sympathique moment d’échange par une photo souvenir.

Beetle tuning
Family affair

Il est désormais temps de se rafraîchir dans les eaux vivifiantes du lac. Devant un public toujours aussi bon enfant, Arlette et moi nous jetons pour quelques brasses dans le lac Titicaca. Plutôt insolite de se baigner à près de 4000m d’altitude…Nous sortons grelotants, mais ravis de cette baignade à haute altitude !

Le village où nous devons attraper un collectivo pour Puno est à quelques kilomètres. Nous faisons la route avec, hasard improbable une nouvelle fois, un jeune couple franco-allemand vivant à Vienne, rencontré sur la plage. Pierre et Carlota sont très sympathiques, et nous bavardons ainsi en français, allemand, et anglais jusqu’à notre arrivée à Puno. Il est 16h et notre bus de nuit pour Cusco ne part qu’à 22h. Nos nouveaux amis éphémères prennent le même bus, et nous décidons alors de tuer le temps ensemble jusqu’à son départ. Nous marchons jusqu’au centre ville, croisant au passage quelques fanfares locales hautes en couleur.

On a retrouvé les Picaros

Nous dégotons un restaurant au hasard parmi la poignée disponibles dans la rue commerçante, et commandons quatre hamburgers bien gras. Et une bière. Sauf que le serveur, visiblement plus aussi motivé qu’à ses débuts dans les années 60, me dit ne plus en avoir. Dubitatif, je me rabats sur un coca. Nos mets n’arrivent que quarante bonnes minutes plus tard, et entre temps je vois passer notre homme avec une bière sur un plateau. Ce qui naturellement amuse la tablée. Alors qu’il distribue mécaniquement nos plats, je lui dis qu’apparemment ils ont mis fin à la pénurie de bière. “C’était la dernière” me lance-t-il avant de prendre congé. Intéressant. Et drôle surtout. Nous quittons l’étrange taverne, sans avoir bu de creveza donc, et franchissons le seuil d’un bar à cocktail en vu de déguster un pisco sour. L’ambiance est bonne, nous racontons à Pierre et Carlota nos aventures dans le canyon du cuivre, au bon souvenir de l’ami Glenn, ce qui nous amuse sans doute d’avantage qu’eux. Mais le couple est bon public et, en si bonne compagnie, la soirée file à tout va. Nous parvenons tout de même à attraper notre bus, et nous y installons confortablement pour un voyage jusqu’au petit matin. Ravis de notre escapade au Titicaca, nous sommes tout autant heureux de rejoindre Cusco, ses églises au syncrétisme prononcé, ses maisons coloniales, et les trésors qui l’entourent…

Je vous embrasse !

Julien

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