Pérou – Épilogue

Mercredi matin, Lima. Dernier jour au Pérou ! Nos vols partent respectivement à 20h et 22h. Rien ne presse donc, et nous paressons à l’hôtel. Après avoir ficelé nos bardas, nous nous dirigeons, à pied, vers l’aéroport. Le quartier ne paye pas de mine, mais les sourires amusés des riverains, peu habitués à voir les touristes s’aventurer dans ces parages, rendent la balade agréable. Me reviennent alors en mémoire d’autres visages amènes et authentiques: Mauricio, étalant de ses doigts épais le sang de ses cochenilles sur les ongles d’Arlette, dans le canyon de Colca ; les yeux pétillants de Bernardino, cuisinant avec son immuable sourire sur la lancha de Hebert, le long du rio Manù ; les yeux vifs de Juan Carlos, nous conduisant au pied du Chachani, dans un flot de paroles intarissable ; le regard de la tenancière de Lucmabamba, aussi noir et brillant que son café ; les épais sourcils sous le chapeau traditionnel de Gerardo, notre sobre et digne hôte d’Amantani ; ou encore les rires de notre enthousiaste serveuse du Chelawasi Public House, à Arequipa. Le naturel, et la curiosité sincère des Péruviens aura enchanté notre séjour ici !

Nous cherchons au hasard un endroit pour déjeuner, et prenons place dans une petite cantine pour travailleurs. La nourriture est simple et bonne, et ridiculement bon marché. Dans un pays à la renommée gastronomique internationale, notre expérience culinaire a été…intéressante : El Bodegon bien sûr, et ses tripes à la mode de Lima ; les fruits de mer indigestes de Paracas ; les gâteaux et pâtisseries à la médiocrité égale, de Huaraz à Cusco ; mais aussi la truite fraîche d’Angelina sur les bords du Titicaca ; l’incroyable lomo saltado revisité du Limo sur la place d’armes de Cusco ; et surtout les délicieux dîners concoctés par nos soins (comprenez par Arlette) dans notre antre à Cusco, ou notre penthouse à Huaraz. Et la Shaman IPA bien sûr…

Nous poursuivons notre exploration des quartiers populaires qui bordent l’aéroport de Lima. Nos pas nous portent au Mercado Minorista, défraîchi mais animé. Nous le traversons et nous retrouvons dans les allées d’une cité, façon banlieue parisienne. L’atmosphère y est paisible. Mais cette impression de sécurité est trompeuse : un riverain accoudé à sa fenêtre nous avertit gentiment du danger qui rôde dans cet univers dont l’hostilité se cache dans l’ombre des ruelles. Nous nous éloignions ainsi de cette jungle urbaine pour revenir sur les sentiers battus. Je revois alors Arlette, machette à la main, se frayer un passage dans la forêt tropicale, sur les bords du Manù National Parc. Quelle époustouflante épopée amazonienne ! De l’observatoire à Tapir à notre perchoir sous les ailes colorées des aras, notre virée junglesque restera l’un de mes meilleurs souvenirs au Pérou.

De retour en lieu sûr, sous les arcades du Mercado, nous prenons un café assis sur une table en plastique bancale, en regardant les locaux vaquer à leurs occupations. Refroidis par les avertissements de notre ami perché, nous décidons de rejoindre l’aéroport. Il est encore très tôt, néanmoins Arlette parvient à s’enregistrer pour son vol vers Paris. Le check-in pour Atlanta attendra. Nous avons plusieurs heures à tuer. Force de l’habitude, nous nous mettons à marcher, parcourant en long, en large et en travers les couloirs de l’aéroport. Par les grands murs vitrés de l’aérogare, nous voyons le désert sale de Lima dans la grisaille habituelle de la capitale. Pas très engageant…Mais nous nous souvenons que plus loin, au sud, ce même désert abrite de fabuleux trésors. Les dunes de Paracas plongeant dans l’océan pacifique au coucher du soleil, sous les yeux des oiseaux magiques de Lagunillas, par exemple. Spectacle récompensant un pédalage ardu sur des selles inconfortables…Et, cachées un peu plus à l’ouest, les étonnantes lignes de Nasca et le secret de leurs origines…

Duty-free et magasins de souvenirs épluchés, nous errons dans une boutique de produits « outdoor ». Popotes en titane et vestes en gore-tex nous téléportent sous notre tente. La Montagne. Le personnage principal de notre voyage au Pérou. Pour les amoureux de la randonnée que nous sommes, les sentiers péruviens ont été une formidable terre de liberté. Quelle autre contrée peut offrir le Salkantay trek, qui nous a vu passer en quelques heures de vertigineux sommets enneigés à la forêt tropicale ? Montagne toujours, l’ascension du Chachani a été pour nous deux une expérience hors-normes, presque mystique, éveillant le désir d’autres aventures extrêmes…Quand au Huayhuash, un frisson me traverse à sa simple évocation. Nos pérégrinations entre lagunes turquoises, glaciers funambules, et sommets aériens figurent au panthéon des plus beaux treks de ma vie.

Après notre dix-septième tour de piste, ayant fait l’inventaire de l’intégralité des boutiques de l’aéroport, l’heure des au revoir a presque sonné. Assis enlacés sur un banc à proximité des portiques de sécurité, silencieux, des images de nos moments ensemble se succèdent dans mon esprit : étouffant dans la fournaise du temascal à Urique, assis par terre sous la pluie dans une ruelle de Mexico, allongés dans notre sea house à Punta Allen, ou son homologue de Bacalar, émerveillés devant les éruptions du Fuego, au bord de l’épuisement au sommet du Chachani, écoutant la pluie tambouriner sur le toit en tôle de notre bungalow à Rio Dulce, riant aux larmes sur les marches d’un mercado à Guanajuato, souriant d’extase au pied du Siula grande, et tant d’autres…

C’est l’heure. Pas d’effusion dramatique. Sensibles, mais pudiques, nous nous contentons d’un “hug” prolongé, et nous disons “see you in half an hour”. Arlette s’efface peu à peu de mon champ de vision, rejoignant la zone d’embarquement. Je cours au comptoir d’enregistrement : avec un peu de chance, si le check-in est rapide, je parviendrai à la rejoindre avant le départ de son vol ! La procédure se déroule sans accroc, et me voilà bientôt à la porte A15, où Arlette attend patiemment que la file des voyageurs pour Paris s’amenuise. Nous profitons de cet ultime répit. Lorsqu’il ne reste plus qu’une poignée de pèlerins devant le comptoir, nous nous quittons à nouveau. Je regarde Arlette disparaître derrière la porte d’embarquement, le cœur serré. Voilà cinq mois que nous partageons nos jours et nos nuits, et après tant d’aventures extraordinaires, nous voilà séparés. Pour un temps. Avant de nous retrouver, bientôt.

Je dîne dans un restaurant vaguement américain, afin de commencer le processus d’acclimatation, en songeant à mon imminent séjour. La perspective de voir ma tante Sylvie, et de découvrir le Colorado, me met en joie, et je rêve déjà de forêts de pins en prenant ma place dans l’avion. Juste avant le décollage, en regardant mes messages, je tombe par hasard sur une photo de notre camp près du Sarapococha. Il est peut-être un peu tôt pour rêver des grands espaces américains…Je m’offre ainsi une dernière rêverie andine, rétrospective d’un incroyable voyage au Pérou.

Je vous embrasse !

Julien

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