Colorado – Étape 3: Rocky Mountain High

Mercredi matin, Longmont. La matinée est belle, idéale pour une petite randonnée dans les environs. Direction Boulder donc, et la colline de Sanitas, dont le « trailhead » part tout prêt de la maison de mon cousin Arnaud. Nous laissons ainsi la voiture devant chez lui, et cheminons paisiblement jusqu’au sommet de la colline au milieu de vallons dorés. De notre perchoir, nous devrions dominer Boulder. Néanmoins, à première vue, aucune trace de la ville. Une observation plus minutieuse révèle toutefois la présence de nombreuses maisons cachées sous la cime des arbres. Véritable Kokiri d’un Hyrule moderne, Boulder se fond dans le paysage, au cœur de la nature. Nous descendons de la colline par son versant ouest, et traversons les hauts de Boulder, en admirant les superbes maisons de brique et de bois du quartier.

Sanitas
Boulder

Nous déjeunons dans un bar à salade, bien nommé Mad Greens, où je peine à comprendre les serveuses robotisées et leurs phrases systématiques. Mais la salade est bonne ! Après quelques courses, nous retrouvons la maison pour un après-midi détente, occupé à lire et à écrire. Nous retrouvons Alex chez ses parents à Boulder pour l’apéro. La dernière fois que nous nous sommes croisés, le fils de mon cousin Arnaud avait cinq ans. Il en aura dix-sept le mois prochain…Je découvre un formidable jeune homme ! Alex nous reçoit dans un français (presque) irréprochable, et nous raconte ses réflexions quant au choix de son université pour l’année prochaine, son goût pour l’ingénierie, ses virées de « big mountain ski » à venir. Curieux, mûr, et responsable, Alexandre semble promis à un bel avenir ! Nous le laissons à ses révisions, et rentrons dîner à Longmont. Sylvie se charge de combler mes (si rares…) lacunes cinématographiques en projetant La vie des autres. Ce film extraordinaire sur les funestes exactions de la Stasi en Allemagne de l’Est est bouleversant de justesse. Quelle claque ! Encore un peu sonné, je vais me coucher, et, pour changer d’air, rejoins Joe Simpson sous les tempêtes de neige qui frappent les pentes du Siula Grande…

Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?

Jeudi matin, Longmont. La journée commence en musique, les partitas de Bach accompagnant mon petit déjeuner. Nous bavardons longuement avec Sylvie, avant d’aller nous promener dans le quartier. Les couleurs automnales gagnent peu à peu les arbres de Longmont. Il fait bon, et la balade se prolonge. De retour à la maison, j’appelle Arlette, qui profite de sa mère et de ses amis au pays. S’en suit une endiablée partie de mahjong. Après plusieurs heures à jouer, je commence à peine à saisir les contours du jeu, et l’étendue des stratégies possibles. Je suis aux fourneaux ce soir, et je cuisine un bobun signature pour ma chère tante. Nous achevons cette paisible journée en regardant Joe Pesci jouer les avocats « créatifs » aux accents New-yorkais dans Mon cousin Vinnie. Une belle tranche de rigolade !

Vendredi matin, Longmont. Nous roulons vers le sud sous un ciel voilé, vers l’une des curiosités de la région célèbre dans tout le pays : Red Rocks. D’étonnantes formations rocheuses rouges, tout droit sorties d’un épisode de Bip-Bip et Coyote, sont disposées aléatoirement sur les pentes de la montagne, comme si les dieux avaient voulu jouer les artistes contemporains. C’est au milieu de cette hallucinante installation qu’une paire de visionnaires décida d’ériger, à la fin des années 30, dans ce décor hors du commun, une scène promise à d’autres artistes. Depuis, les plus grandes stars de la musique s’y sont produits, des Beatles aux Daft Punks, en passant par les Greatful Deads.

Redroooocks
Amphi

Pour l’heure, seuls quelques hurluberlus musculeux se donnent en spectacle sur les gradins de l’amphithéâtre, tentant désespérément d’attirer les regards des badauds sur leurs acrobaties. Amusant !

Onflez les oumons !

Nous faisons le tour du petit « visitors centre », qui allie harmonieusement panneaux informatifs sur la géologie, les dinosaures, et images d’archives (quelques pépites !) des centaines de concerts ayant eu lieu ici.

I read the news today, oh boy
Super Baloo

Après un court repos à la maison, nous nous rendons chez Arnaud, Lisa et Alex pour l’apéro, avec les parents cette fois. Je suis très heureux de retrouver mon cousin et sa femme ! Après l’apéritif, nous dînons dans un restaurant mexicain. Les margaritas sont fabuleuses, et mon pozole me ramène sur les bords de la Bahia Magdalena, après une journée magique avec les baleines. Arnaud nous raconte ses projets en cours, ou comment mettre la météorologie au service de l’aviation civile de la meilleure façon possible. Fascinant ! Hyperactif, le couple passe ses week-ends à explorer la région, quand ils ne préparent pas un ultra marathon…Curieux des aventures de leur cousin francilien, ils me posent nombre de questions sur mon voyage, et sur la suite. Nous programmons également quelques réjouissances pour les deux prochaines semaines, afin de profiter ensemble des merveilleux parages. Excellente soirée en famille !

Samedi matin, Longmont. Les Rocheuses nous aimantent irrésistiblement. Derrière les Flatirons, quelques « fourteeners », ces sommets qui dépassent les 14000 pieds, nous font les yeux doux. La randonnée du jour nous mènera d’ailleurs aux abords du Longspeak, qui surveille Longmont au loin de son double sommet. Arnaud sera notre guide pour atteindre le « top » caillouteux de Saint Vrain Mountain. Aaron (prononcez Érine) nous accompagne. Ami de longue date de mon cousin, il connaît bien Sylvie pour avoir fait le camps de base de l’Everest avec elle et Arnaud il y a quelques années. Nous roulons à travers de petits canyons, puis laissons la voiture sur un tout petit parking au milieu de la forêt. Le soleil, voilé, parvient à enflammer de ses rayons intermittents les trembles jaunes qui scintillent sous un ciel presque noir.

Promenons-nous dans les bois

Le sentier grimpe dans les bois, jusqu’à un large col plat, et une croisée des chemins. Un haut tas de cailloux gris se dresse à l’ouest. Aaron et moi partons à l’assaut du Saint Vrain pendant qu’Arnaud attend sa maman, sacrement en jambe pour suivre ainsi trois dévoreurs de pentes comme nous. Le sentier disparaît aux abords du sommet, et nous devons nous frayer un chemin parmi les rochers branlants. Malgré la concentration nécessaire pour ne pas se fouler les chevilles, nous bavardons avec l’aventurier Aaron. La neige commence à tomber alors que nous atteignons le sommet, et la conversation dévie vers des scènes polaires, Svalbard et Alaska. De gros nuages denses masquent Longspeak, au Nord. Mais la vue n’en demeure pas moins spectaculaire ! À 3700m d’altitude, nous voyons à l’ouest les sommets des Rocheuses, recouverts de quelques névés. À l’est, des pins par milliers recouvrent les pentes plus douces des montagnes qui rejoignent la plaine.

Là, c’est la coulée des grands bronzes
Ciel bas
Grands espaces

Les rochers branlants sont nettement moins à mon goût à la descente, et je progresse prudemment et à quatre pattes quand Aaron trottine les mains dans les poches sur ce sol périlleux. Nous retrouvons Arnaud là où nous l’avions laissé et marchons vers le parking. Le vent s’est levé, il pleut, et le froid se fait sentir. Sylvie, partie en éclaireuse, a décidé de prendre un peu d’avance. Le chemin du retour est une formidable opportunité pour admirer les couleurs de l’automne.

Taches jaunes
« L’automne est un deuxième ressort où chaque feuille est une fleur. » A. Camus
Incendie

Sylvie nous attend à quelques encablures du parking, fatiguée. Je réalise alors que je suis moi-même éprouvé par cette marche sportive, mes jambes sont lourdes et mes mains gelées. Je somnole dans la voiture, jusque notre arrivée à la maison. La douche chaude est une bénédiction ! Heureux de cette journée superbe, mais éreintés, nous optons pour un dîner léger et un film. Ce sera Jeux Interdits, histoire sublime pleine de poésie de deux gamins pendant la deuxième guerre mondiale. Je m’endors ensuite sans demander mon reste, en attendant les prochaines aventures…

Dimanche matin, Longmont. Le rendez-vous avec Arnaud pour la randonnée dominicale est prévu en fin de matinée, afin d’attendre le retour d’Alex, qui se joindra à nous. Sylvie choisit de passer son tour pour vaquer à d’autres occupations. J’ai le temps de préparer un crumble avec les pommes apportées la veille par la voisine. Une fois le gâteau sorti du four, Sylvie me dépose chez mon cousin, et nous prenons sa voiture, Alex avec nous, pour un trailhead situé au sud de la ville. Au programme du jour : Shadow Canyon, South Boulder Peak, et Bear Peak. Le début de la marche s’effectue au soleil, sur les pentes douces de collines roussies par l’automne.

Rouges

Les choses se corsent à l’arrivée dans le canyon. Le sentier, accidenté, monte abruptement à travers une étroite vallée, à l’ombre de grands pins. Ici et là, de gros rochers roses posés aléatoirement offrent de ludiques agrès pour les grimpeurs de passage. A l’approche du col qui dessert les deux sommets du jour, un incendie a dénudé les arbres, et nous voyons clairement le sentier se scinder en deux.

Saddle

Nous prenons celui faisant route au sud, et parvenons bientôt au sommet du South Boulder Peak. La vue est extraordinaire ! Au nord-ouest, Longspeak et les hauts sommets des Rocheuses émergent de la « tree line ». Entre eux et nous, une forêt infinie de pins, et quelques lacs sombres. En regardant vers le sud, derrière une majestueuse arrête de pierres encastrées l’une après l’autre comme les livres d’une bibliothèque, la ligne verte qui sépare les montagnes de la plaine paraît infinie. A l’est enfin, l’immense plaine est une mer jaune et lisse, parsemée d’îlots de civilisation, les gratte-ciel de « Downtown Denver » formant le plus grand d’entre eux.

Cousins
Mafate

Nous déjeunons devant ce fantastique panorama, avant de changer de mirador. Bear Peak offre d’avantage de vues sur Boulder et Longmont, ainsi que sur la superbe crête de Green Mountain. Un planeur frôle la pente de la montagne, alors que quelques parapentes profitent des courant ascendants pour voler à des hauteurs vertigineuses.

Colorado blue
Green Mountain
Sur la crête
Vue du ciel

Nous descendons par le nord, jusqu’aux bâtiments d’NCAR (National Center for Atmospheric Research) où travaille Arnaud. Le bâtiment, aux volumes surprenants, est l’œuvre de l’architecte Im Pei, à qui l’on doit notamment la pyramide du Louvre. Lisa arrive bientôt pour nous récupérer, fait un crochet par le trailhead où nous prenons la voiture, et après une pause express dans leur maison, nous nous rendons ensemble chez Sylvie pour le dîner.

Un fumet familier emplit mes narines alors que je pénètre dans le salon : Sylvie a préparé une choucroute ! Elle sait que j’adore ça et m’a ainsi réservé une surprise gourmande et adorable. Alex nous prepare des cocktails à faire tomber un ours, et après les efforts consentis, l’alcool infuse rapidement, et les convives sont joyeux. Nous passons une merveilleuse soirée en famille, le repas est superbe, la bière est bonne, et les rires nombreux et rafraîchissants. Je me couche, un peu saoul, heureux de cette magnifique journée !

Je vous embrasse !

Julien

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